L’autodiagnostic, connais-tu?

C’est une personne qui aime faire le ménage et affirme avoir un TOC (trouble obsessionnel-compulsif). C’est quelqu’un qui a un examen le lendemain et dit souffrir d’anxiété généralisée. C’est celui qui dit être atteint d’agoraphobie parce qu’il n’aime pas prendre le métro quand il y a trop de monde. C’est le type d’affirmation qui nous fait froncer les sourcils en disant « Es-tu certain que tu sais de quoi tu parles? ». 

Selon notre ami le Larousse, l’autodiagnostic c’est un « diagnostic de sa maladie, réelle ou supposée, effectué par le sujet lui-même en dehors d’un avis médical ». Autrement dit, c’est prendre nos symptômes et les identifier à une maladie par nous-mêmes sans l’opinion d’un professionnel, ce qui en soit n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Quand tu as le rhume par exemple, je ne pense pas que tu aies besoin d’un docteur pour affirmer que c’est de cela dont tu souffres. Mais qu’en est-il dans les cas plus sérieux?

Souvent, on le fait avec l’aide de Google ou encore « mieux » en se comparant aux autres et à ceux qui disent avoir ceci ou cela. Ça ne veut pas que dire tu as tort dans ton diagnostic, mais ça ne veut pas dire que tu as raison non plus. C’est comme dire que ton bébé sera un garçon avant la première échographie. Il y a des fortes chances que ça en soit un,  c’est vrai (50% à ce qu’on dit), mais c’est aussi fort possible que ce soit une fille et ce même si tu dis que tu as pas besoin de l’avis d’un spécialiste parce que tu le sais… Dans certains cas, ton diagnostic a des très bonnes chances d’être vrai, mais ça ne veut pas dire qu’il l’est. Est-ce qu’on se comprend?

Laisse-moi avec grand plaisir te donner quelques exemples qui sauront très certainement t’aider à mieux comprendre

J’ai commencé mon texte avec quelques exemples déjà. L’anxiété généralisée, les troubles obsessionnels-compulsifs, l’agoraphobie, l’anorexie, la dépression… Ce sont toutes des maladies (et plus encore!) que l’on apprend à mieux connaître graduellement, mais qui ont encore le dos large. C’est comme quelqu’un qui a du mal à s’endormir une nuit et dit souffrir d’insomnie. Des exemples, j’en ai plein!

Un exemple personnel et concret : je fais des migraines. Dans mon cas, ce n’est pas moi-même et mon ami Google qui l’avons déterminé, mais bien ma médecin de famille. Évidemment, avant qu’elle ne me le dise, je m’en doutais, de par ce que les gens me disaient et ma propre recherche/analyse. La diagnostic est venu appuyé ce que je pensais à ce moment-là. Avant d’avoir ma première migraine, pour moi c’était juste un gros mal de tête et je crois que c’est encore la conception qu’en a beaucoup de personnes. Encore hier dans le métro, deux jeunes filles parlaient qu’elles avaient fêté fort et que ce matin, elles se sont réveillées avec une « pas pire migraine ». Dans ce cas-là, on ne parle pas d’une migraine, mais bien d’un mal de tête (et surtout d’une belle grosse gueule de bois). Les migraines, ça survient sous forme de crise et d’un seul côté de la tête. Une migraine, c’est une sensibilité extrême à la lumière et une sensation de pulsation derrière l’œil qui fait atrocement mal. Pas mal certaine que les filles avaient plus mal au coeur qu’autres choses… Et pourtant, combien de fois est-ce qu’on entend des personnes qui ont mal à la tête se plaindre de migraines? Pas tous les jours, mais assez souvent pour que je me pose des questions.

Ce n’est pas mal intentionné, pas nécessairement. Pour certaines personnes, c’est simplement une ignorance de la différence entre les deux. Pour d’autres, c’est mieux de dire qu’on souffre de migraine, car ça attire beaucoup plus la sympathique qu’un simple mal de tête. C’est ce qui fait que parfois, quand certaines personnes disent souffrir réellement d’une migraine, d’anxiété, de dépression ou autres, on va se dire que ce n’est pas si pire que ça, car c’est juste un mal de tête, du stress et avoir de la peine. Pourtant, ce sont des choses complètements différentes. Mais on est tellement habitué d’en entendre parler par des gens qui comprennent mal ou qui déforment la maladie qu’on la banalise.

Parlons d’obésité.

C’est un autre exemple qu’on omet souvent quand on parle de maladies. Attention, je n’ai pas parlé de surplus de poids, mais bien d’obésité. Récemment, un article du Soleil datant de 2014 qui parlait de l’obésité morbide et du fait que l’exercice physique n’y changeait rien ou presque est ressorti des catacombes. Je suis moi-même une fière, charmante et onduleuse femme forte avec un bon surpoids et du gras de «dessous de bras» qui se secoue vigoureusement quand je fais des «bye bye». Je suis la première défenderesse de la diversité corporelle, de l’estime de soi et de l’importance d’être bien dans son corps, peu importe la taille, le poids, la couleur des cheveux, etc.

MAIS je ne suis pas une obèse morbide ou une obèse sévère. Pourquoi je prends la peine de le spécifier? Ce n’est pas par honte ou par désir de m’exclure ou de me prétendre « plus maigre », mais parce qu’être obèse morbide est une condition sérieuse, médicale et prouvée dont je ne souffre pas. Que mes propos soient bien compris : ce texte n’a rien à voir avec l’esthétisme du poids, mais bien avec le facteur réel et sur la santé qu’a une condition comme celle-ci. C’est d’ailleurs ce dont parle l’article dans le Soleil en voulant faire la différence entre obésité et obésité morbide : « L’obésité simple, ça se traite par des changements d’habitudes de vie, de l’exercice. On peut contrôler les choses. Mais une fois qu’on a atteint l’obésité sévère, c’est irréversible ».

C’est quoi le lien entre l’obésité et l’autodiagnostic?

Croyez-moi, c’est loin d’être un texte sur le pourquoi de l’obésité ou comment y remédier. Cependant, le lien entre l’autodiagnostic et l’obésité morbide est qu’il existe de fausses conceptions sur le sujet qui se sont propagées à force de personnes qui disent ceci ou cela sur ce qu’on appelle réellement dans ce cas-là une maladie. Être en surpoids est un état. L’obésité morbide est une maladie. Dans des émissions comme « Ma vie à 600 livres », des personnes affirment qu’elles n’arrivent pas à perdre de poids. Qu’est-ce qu’on entend en réponse à ça? Qu’elles ont juste à s’entraîner et bouger leur cul, qu’elles devraient arrêter de manger, que ce sont des goinfres, etc, etc, etc. Et je reste polie! Les atrocités qu’on peut dire à ces personnes parce qu’on ne les considère pas malades. « Ouin, mais c’est de leur faute! » qu’on leur répond. Et un ancien fumeur qui a un cancer du poumon, tu vas le laisser mourir et le juger sous prétexte que c’est de sa faute ? Le point, c’est que ce n’est pas toujours une question de choix.

Je ne pourrai jamais insister assez sur le fait que je ne pointe pas du doigt, bien au contraire. Ce sujet, celui de l’obésité et de l’obésité morbide, il est particulièrement sensible, car il touche à ce qu’on appelle la « grossophobie », soit un jugement et un dédain social envers les personnes grosses qui malheureusement s’étend parfois même à travers le corps médical. Encore une fois, c’est un sujet que je garderai peut-être pour une prochaine fois, parce que sinon l’article ne se terminera jamais. Mais pourquoi est-il question d’autodiagnostic dans ce cas-ci? Parce qu’on entend si souvent des gens en parler et offrir leur propre diagnostic sur l’obésité morbide, que ce soit envers soi-même ou quelqu’un d’autre. Il faut arrêter d’utiliser le terme «obèse» ou «obèse morbide» quand il est question d’un surplus de poids, parce que le terme touche une maladie malheureusement mal comprise et surtout terriblement jugée.

Pourquoi en parler? Pourquoi l’autodiagnostic peut-être un problème?

Parce qu’en ce moment, on parle beaucoup de stigmatisation des maladies mentales et d’autres maladies. C’est-à-dire qu’il y a un jugement social face à ces maladies parce que la plupart du temps, on ne les comprend pas ou peu. Certaines personnes ont des fausses conceptions de ces maladies ce qui encourage malheureusement souvent le jugement qu’on en a. En s’autodiagnostiquant à tort, avec souvent des faux symptômes ou une mauvaise conception de la maladie, on renforce justement ces fausses croyances.

Je vous laisse sur une petite capsule vidéo de Like-moi, une émission que j’adore et que vous connaissez très probablement (sinon, amusez-vous à la découvrir). Dans ce sketch, il est question du TDAH (trouble déficitaire de l’attention et hyperactivité). Je n’aurais pas pu trouver un merveilleux exemple de ce que je voulais exposer en faisant cet article. Évidemment, la vidéo sert ici à tourner cela en ridicule pour montrer en quoi quand les gens s’autodiagnostiquent, ils ne comprennent souvent pas réellement l’étendue de la maladie et de ses implications. Il faut faire attention quand on se fait notre propre diagnostic, car on encourage peut-être sans le vouloir des fausses croyances et des perceptions mensongères :

TDAH | 5 février

SKETCH PRIMEUR: «Googler une maladie, c'est un peu guérir.» 🤷‍♀️ #TDAH #likemoi📺 C'est un rendez-vous le LUNDI et VENDREDI 22h pour toujours plus de Like-Moi sur les ondes de Télé-Québec.

Posted by Like Moi on Saturday, 3 February 2018

 

Je ne suis pas une professionnelle de la santé. Cet article vise seulement à prévenir et sensibiliser aux faits que de répandre des fausses croyances sur des maladies amènent à leur stigmatisation.

 

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