«Je te trouve bonne d’aimer qui tu es»

Cette phrase-là, je l’ai entendu souvent dans ma vie. Je suis une femme ronde qui s’aime quand même pas pire et on m’a souvent dit «Je te trouve bonne de t’accepter comme ça» ou «Tu es courageuse de t’affirmer comme ça». Si je peux comprendre l’idée derrière ces phrases-là, je me demande quand même en quoi est-ce normal de dire à quelqu’un qu’elle est bonne d’être elle-même et d’aimer ça?

Mon problème avec ça, c’est que ça sous-entend que ce n’est pas normal justement. Que normalement, les personnes rondes comme moi ne s’aiment pas et que ça demande du courage pour le faire. «Ish! Elle porte des vêtements ajustés sans la moindre gêne, quel courage!». Est-ce qu’on peut se questionner sur ce mot-là? Parce que le courage, c’est censé être une vertu qui permet d’entreprendre des choses difficiles en surmontant la peur et en affrontant le danger, la souffrance et la fatigue. Quand je lis cette définition-là, je m’imagine pas mal plus un pompier bravant les flammes pour sauver un bambin que moi qui me met en jupe courte.

Faisons un petit exercice : imaginez-vous deux filles.

La première pèse environ 120 livres. Dans son poids santé, elle est bien proportionnée en plus d’avoir un ventre plat. Ses muscles sont bien découpés et elle a des seins identiques, dans la moyenne, mais bien fermes. Elle a de bonnes hanches et de jolies fesses rebondies. Sa peau est lisse et semble en santé, en plus d’avoir un bronzage léger naturel à l’année.

L’autre fille, se situe au-delà du 200 livres. Elle a le teint pâle, un bon surpoids, de l’acné et malgré son poids, elle n’a pas beaucoup de seins. D’ailleurs, ses deux seins n’ont pas la même grosseur et sans soutien-gorge, ils ne tiennent pas droits, mais sont plutôt tombants. Elle fait de la cellulite en plus d’avoir des vergetures sur son ventre rond et même quelques unes qui apparaissent sur ses bras à la peau tombante.

Les deux filles portent une robe moulante et courte, à leur taille. La robe rouge vif moule leur silhouette et ne possède pas de manches. On voit bien leur bras, leurs mollets et même une bonne partie des cuisses. Peut-être est-ce que vous les imagiez bien. Peut-être est-ce que la première fille vous fait déjà chier parce que vous l’imaginez tellement bien dans la robe rouge et que vous la voyez comme parfaite. Et la perfection, quand on n’a pas l’impression de l’être nous-mêmes, ça nous fait chier. Mais la deuxième fille elle, peut-être l’imaginez-vous aussi et que, même si malgré vous, vous imaginez déjà que la robe rouge lui va moins bien et bien, vous avez plus facilement de sympathie pour elle.

Est-ce qu’on irait dire à la deuxième fille qu’on la trouve courageuse d’avoir mis cette robe-là? Surement pas, non. Pourquoi? Parce qu’on a la pensée de se dire qu’elle a le corps pour le faire et qu’elle peut se le permettre. Mais la vérité, c’est qu’il y a des chances que la première fille ait autant la chienne de mettre la robe moulante. Qu’elle ne soit pas à l’aise pentoute d’afficher ses cuisses et son ventre et ses seins et ses courbes et son corps. «Mais voyons, tu devrais pas, t’es tellement parfaite!».

La perfection, ce n’est pas objectif. La beauté non plus ne devrait pas l’être. Si la fille plus ronde met sa robe sans même avoir peur, c’est peut-être parce qu’elle ne se sent pas moins parfaite que la fille plus mince. J’ai rencontré des filles beaucoup plus minces que moi dans la vie qui ont peur de se montrer. J’ai aussi rencontré des hommes qu’on qualifierait d’ordinaire avoir peur d’enlever leur t-shirt à la plage ou pour aller dans une piscine. Ce n’est pas normal qu’on assume que c’est un pet pour ces personnes-là d’avoir de la confiance en eux parce que tu sais quoi, on ne sait jamais ce qui se passe dans la tête des gens.

Je n’ai pas confiance en moi parce que je suis belle. Je suis belle parce que j’ai de la confiance en moi. 

Dans ma quête de m’aimer, c’est ce que je retiens. On est beau parce qu’on se trouve beau. Ce n’est pas une question de courage ou de corps plus beaux que d’autres. C’est une question d’apprendre à arrêter de tout relier à l’apparence et aux standards. La fille conforme aux standards et belle selon ces derniers, elle te fait chier parce que tu as l’impression que c’est facile pour elle. Peut-être oui, que c’est facile pour elle, mais peut-être est-ce que ça aurait pu être tout aussi facile pour elle si elle avait été différente. Ça part de toi.

Qu’on arrête de me dire que je suis courageuse parce que j’assume que j’ai le corps que j’ai. Ce n’est pas normal qu’on associe cela au courage. Je sais que c’est comme ça, qu’on vit dans une société difficile pour l’estime de soi et que, d’une certaine manière, ça demande du courage, mais pour moi, ça ne devrait pas être. Le courage, c’est l’artillerie du héros. S’aimer ne devrait pas être un acte héroïque, ça devrait être aussi facile que se manger un bol de céréale le matin !

Quand une fille au «corps parfait» s’aime, on la trouve narcissique. Quand une «toutoune» s’aime, on la trouve courageuse. Pourquoi?

Parce qu’elle doit vivre avec un corps différent et elle le fait avec la tête haute?  Pourtant, quand je me promène dans le rue, je vois beaucoup plus de corps qui me ressemblent que de ceux des modèles de  Vitoria’s Secret. Alors non, je ne me sens pas si différente que ça. Pourquoi est-ce que s’aimer devrait être une marche dans le parc pour quelqu’un qui respecte les standards et un marathon pour moi?

Est-ce que c’est vraiment ça la perception qu’on a de l’estime de soi? Que certaines personnes doivent inévitablement avoir de la difficulté à en avoir alors que d’autres y sont prédisposés? Je ne te dis pas que ce n’est pas plus facile pour certaines personnes, mais il m’arrive de me demander si j’avais le corps rêvé, est-ce que ça serait vraiment plus facile? Parce qu’au fond s’aimer ce n’est pas physique, c’est personnel et c’est mental.

C’est toi et ton corps et ta tête. Parce qu’au fond, tout le reste est relatif. Nous pouvons être identiques, des jumelles carrément, et ne pas avoir la même opinion de notre corps. Tu ne peux pas dire à une personne qu’elle n’a pas de raison de manquer de confiance en soi, parce qu’elle ne voit peut-être pas les choses comme toi. Nous sommes plusieurs à devoir travailler sur notre amour-propre et personne n’a de solutions miracles pour y parvenir.

Merci de me dire que je suis courageuse, mais la courage, ce n’est pas moi qui l’ait, c’est tout ceux qui vivent en ne s’aimant pas assez. 

J’ai été courageuse la première fois que j’ai mis une jupe et que j’ai eu l’impression que l’univers au complet me regardait. J’ai été courageuse que j’ai osé pour la première fois m’exposer en bikini alors qu’à l’intérieur je tremblais comme une feuille. À force de petits pas comme ça, j’ai fini par trouver ça banal. J’ai fini par aimer ça. J’ai fini par m’aimer moi. Maintenant, ce n’est plus du courage, c’est juste du quotidien.

Parce qu’au début, prendre les décisions pour apprendre à s’aimer, c’est difficile et ça fait peur. Sortir de sa zone de confort, se remettre en question et s’assumer. Avec le temps, ça devient plus facile. Encore un défi parfois, parce que je pense qu’on n’a jamais fini d’apprendre à s’aimer, mais quand même, on est plus au stade au courage.

Si je te parle de ça, c’est parce que même des filles comme celles qui participent à Occupation Double ont droit à ça. Je t’invite d’ailleurs à cliquer ici pour voir le magnifique message d’Alanis à ce sujet. Parce que oui, c’est triste et déroutant comme elle dit que ce soit différent et anormal d’aimer son corps. Nous sommes plus que des corps, nous sommes des personnes. Et c’est tout sauf cliché de dire que si tu es une belle personne à l’intérieur, tu l’es aussi à l’extérieur.

Il faut arrêter de confondre différence et laideur. Parce que c’est simple, on est tous différents. Alors acceptons que dans cette logique là, nous ne sommes pas tous laids, mais au contraire, on est tous beaux. Et oui, c’est possible, parce qu’imagines-toi donc qu’il y a pas de quota de beauté. C’est pas un podium avec des places limitées. Et il y a une différence énorme entre «pas de mon goût» et «pas belle». Et c’est ça que le monde a pas encore compris.

CRÉDIT PHOTO :  Milaine Latulippe, photographe

 

3 COMMENTS

  1. rocklemonblog | 9th Nov 17

    wouah sacré réflexion à laquelle on ne pense pas forcément, en tout il faut s’accepter comme on est et faire attention à sa santé 🙂

  2. Edith Beauchemin | 10th Nov 17

    Je me souviens qu’après mon 3e gars, je me trouvais molle, mon corps tellement changé que je ne le reconnaissais presque plus, etc. Une de mes copine, que je trouve magnifique, faite toute mince, est venu chez moi et en se regardant dans le miroir, elle a dit quelque chose comme : My god que je suis cernée! et comment elle se trouvait maigre, l’air malade etc. Elle m’a dit ensuite qu’elle me trouvait tellement belle, radieuse etc. et je pense que c’est là que j’ai commencé à réaliser à quel point ça touche tout le monde!
    Très beau texte! <3

  3. Le monde du blogue vu par 8 blogueurs ~ Bien différent | 15th Mai 18

    […] celui-ci est celui que j’avais en tête depuis le plus longtemps quand je l’ai écrit: « Je te trouve bonne d’aimer qui tu es ». C’est important pour moi de parler d’estime de soi et d’essayer de faire un […]

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