Ces choses qui font parties de nous

 

Que ce soit tes piercings, tes tatouages, ta couleur de cheveux, ta manucure, ta manière de te coiffer, de t’habiller, de ne pas t’habiller… On a tous, volontairement ou pas, quelque chose qui, bien que physique, est devenu une partie de nous avec le temps et sans lequel, on ne se sent pas nous-mêmes. Qu’en est-il quand ces choses-là deviennent «problématiques»?

 

Je sais qu’on est plusieurs à avoir notre «marque de commerce», quelque chose qu’on ne s’imagine pas ou difficilement changer. Personnellement, j’ai un piercing dans le nez (je sais, une vraie rebelle!), un petit anneau que j’ai fait faire sur un coup de tête, avec beaucoup d’incertitude. Un petit bijou «cheap» du Ardène planté dans ma narine et pourtant, je ne suis pas capable de m’imaginer le retirer. Et que dire de ma chevelure, mes cheveux blonds que j’ai si peur de faire couper. Et même si la moitié des filles sur la planète ont présentement la même couleur de cheveux que moi, c’est quand même devenu quelque chose qui me définit, sans lequel je ne me sentirais pas bien, qui est devenu une partie de moi. Quand j’ai fait teindre mes cheveux la première fois pour devenir blonde, j’ai su que c’était ma couleur, non pas parce qu’enfin j’avais une couleur de cheveux qui reflétait la fille un peu nounoune et naïve que j’étais, mais bien parce qu’en me regardant, je me sentais pleinement moi-même.

C’est la même chose pour les tatouages. Les miens sont petits, pas très visibles et j’en ai même un que je trouve particulièrement râté. C’est le premier que je me suis fait faire, à 16 ans, en pensant être une fille vraiment «hot» de faire ça, alors que c’est littéralement la chose la populaire et banale qui existe… et que mon tatouage n’avait rien de «hot». Et pourtant, j’ose pas le faire changer, parce que ces petites choses-là me font du bien. Même si on m’a déjà dit qu’il avait l’air d’un bébé qui fait du surf alors que c’est censé être un ange et que chaque fois que je raconte cette histoire-là, quelqu’un finit par dire : «Ben oui toi, je le vois le bébé qui fait du surf!».

Et oui, les tatouages ont encore droit à leur jugement. Les histoires d’emplois où on choisit un candidat plus «neutre» moins «exubérant», parce que des tatouages… c’est épeurant ! Ils font peur, parce que même si tu as un colibri dans le cou, pour certains, c’est la même affaire qu’une tête de mort au milieu du front. Je ne comprends pas qu’en aujourd’hui on reproche le professionnalisme par les tatouages ou autres distinctions. Et non, je ne parle pas du tatouage de serpent sur la joue avec la phrase «Kill them all» écrit en dessous. Peut-être peut-on dire que certains emplois sont plus conservateurs sur cet aspect… Mais quand est-il des emplois au salaire minimum, des emplois pour monsieur-madame tout le monde, de l’emploi pour lequel tes tatouages, ta manière de t’habiller ou n’importe quoi d’autres n’affectent en rien ta capacité à faire ton travail. Parce que ça existe encore en 2017 des patrons qui vont prendre l’employé sans tatouage pour «éviter les problèmes».

Pourquoi est-ce que je parle de ça? On a demandé à une amie récemment de changer ses cheveux pour pouvoir participer au programme d’études qu’elle entamera en septembre. Des études en cuisine et pourtant, je cherche encore le lien. Quelle couleur de cheveux avait-elle? Rouge. Pas rouge pompier, un rouge foncé très classique, mais on demande aux étudiants d’avoir des cheveux de couleur naturel. La voici maintenant brune. J’essaie de comprendre le lien qu’il y a entre son talent, ses compétences et ses cheveux? J’essaie de comprendre en quoi certaines caractéristiques physiques peuvent-elles changer nos aptitudes? Ou être si «dérangeante» qu’on nous demande de les changer.

En quoi et dans quelles mesures on a le droit de demander à quelqu’un de changer?

Oui, je peux comprendre que si ton emploi c’est de jouer Cendrillon dans des fêtes pour enfants, on te demande d’opter pour le blond ou du moins de faire l’effort de te mettre une perruque. Mais où est la limite? Malgré nous, même si ce n’est que quelque chose de physique, ça reste personnel. Je le sais, je l’ai vécu. J’ai fait une séance photos il y a un an et quand j’ai reçu les photos, mon tatouage avait disparu. Il avait été «photoshopé»! Et oui, je peux comprendre qu’un ange/bébé-qui-fait-du-surf ne soit pas la chose la plus élégante au monde, qu’on cherche à créer un cohésion entre les différentes filles qui prenaient part à la séance photos, mais… enlever le tatouage sans prévenir? Ça m’a fait quelque chose. Parce que ce tatouage-là, je sais où il se trouve sur mon corps, je l’ai depuis 8 ans et non, il n’est pas particulièrement beau, mais c’est le mien. Et quand on a accepté de me prendre dans le groupe de photos, on ne m’a jamais dit qu’on allait le retirer pour les photographies finales. Surtout que c’était pour une campagne d’estime de soi et de bien-être… Surtout, je ne mets aucun blâme sur la campagne elle-même, car celle qui la dirigeait n’était pas au courant qu’on l’avait retiré des photos et j’en retiens une belle expérience malgré tout.

J’essaie de comprendre. C’est tout. Il aurait été absurde de publier la photographie avec mes cheveux soudainement noirs, alors pourquoi se donner le droit de me retirer mon tatouage?  Au moins m’aviser ou me le demander? C’est difficile de ne pas se sentir affecté par ce genre de choses. Je ne suis pas une mannequin professionnelle ou une actrice d’Hollywood, je n’ai pas l’habitude des changements pour un rôle ou pour une photo. On parle de moi, une fille bien ordinaire qui a fait des choix dans la vie : de s’habiller comme elle le fait, d’avoir la coiffure qu’elle a et surtout, de passer le restant de ses jours avec des tatouages sur le corps. Certains regrettent des tatouages, pas moi. Parce qu’il me rappelle des souvenirs, l’époque où je l’ai fait faire, parce qu’ils sont une partie de mon histoire. Ces choses font parties de nous.

Je parle de tatouages, de piercings et de cheveux, mais ça peut être tellement plus simple que ça. Ton chandail préféré, complètement dégueulasse, d’un band que tu as été voir en spectacle en 2003. Ce chandail que tout le monde te dit de jeter de ne pas mettre parce qu’il est immonde, mais que toi, tu l’aimes encore. Parce que quand tu mets ton chandail dégueu, tu te sens bien. Il te rappelle ta soirée de folie où tu as fini couché dans un bosquet aux petites heures du matin et du mal de gorge que tu avais le lendemain parce que tu as crié toute la soirée. Il y a des choses comme ça qu’on a et qui, malgré nous, ont une grande importance. Que les autres ne les aiment pas ne nous dérangent pas, ça nous plaît à nous et c’est tout ce qui compte.

Il n’y a pas de moral à ce texte comme «envoie chier le patron qui te demande de cacher tes tatouages» ou «ne change pas tes cheveux pour rien au monde». C’est juste un texte sur ton droit d’avoir de ces choses-là, des choses qui de manière parfois illogique ont pris une place importante dans ta vie. Tu as le droit d’enlever ton piercing pour aller travailler comme tu as le droit de changer de job pour pouvoir rester comme tu es. Parce que oui, on est en 2017 et on est encore obligé de se battre contre les stéréotypes et le jugement et c’est chiant. Mais rappelles-toi que justement on est en 2017 et que si tu es au Québec (ce qui est sûrement le cas si tu me lis)  : tu en as le droit. J’ose croire que les choses vont s’améliorer. La liberté qu’on a est pas parfaite, mais si on relativise pour voir le positif… c’est pas un goulag non plus, tsé!

(Pire phrase pour finir un texte, je sais. Il y a des choses comme mes comparaisons qui s’améliorent pas)

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