Encaisser le douloureux sentiment de rejet

Être rejeté, il n’y a personne qui aime ça. Absolument personne. Même si on l’encaisse, même si on joue la personne que ça n’affecte pas, ça laisse un sentiment désagréable qu’on arrive pas à chasser : on est amer, on est blessé et surtout, on se demande pourquoi. Qu’est-ce qu’on a fait de mal?

Le rejet, c’est sournois, car ça prend toutes sortes de formes. C’est une réponse négative suite à une entrevue, des messages lus auxquels on ne reçoit aucune réponse, des amis qui cessent de nous inviter à leurs soirées, une personne qui se retire de nos amis sur Facebook, une absence de réponse sur les réseaux sociaux, une rupture… Ai-je vraiment besoin de continuer?

Comment peut-on se dire que ce n’est pas notre faute quand ça arrive? Comment pourrait-on se dire que si on a été désinvité, si on a été refusé, si on a été mis à l’écart, ce n’est pas notre faute? C’est là qu’on cherche le problème : où est-ce qu’on a foiré? Et on se demande ce qu’on aurait pu faire différemment, ce qu’on aurait dû faire différemment même. Elle est où l’erreur?

Serait-il possible que, parfois, on cherche des explications là où il n’y en a pas?

Évidemment que si tu as été refusé à une entrevue parce que tu as donné un faux CV ou parce que tu as dit à l’employeur que ta principale qualité c’était de déléguer les tâches aux autres et de te pogner le beigne sans que ça paraisse, je peux comprendre et te fournir une explication sur ce rejet.

Moi, je te parle de ces autres situations. Celles où tu apprends la nouvelle, où tu regardes la situation évoluée et que tu comprends pas. Tu te creuses les méninges, tu cherches à comprendre pourquoi ça ne fonctionne pas comme tu voudrais et tu ne trouves pas de réponse. Tu avais tout pour le poste et tu ne l’as pas eu? Vous étiez des bonnes amies et là, elles ne t’invitent plus? Tu croyais que ta première date avec ce gars-là avait bien été, mais il ne répond plus à tes messages? Pourquoi? C’est ça la question qu’on se pose. Pourquoi? Est-ce que c’est quelque chose que j’ai fait? Est-ce que c’est quelque chose que j’ai dit? Est-ce moi en entier le problème? Suis-je trop ci ou trop ça? Pas assez ci ou pas assez ça? Parce que même si ce n’est pas volontaire, le rejet fait mal et nécessairement c’est quelque chose qu’on peut difficilement s’empêcher de prendre personnel.

«Ne le prends pas personnel…»

C’est exactement la même chose que la fameuse phrase «Ce n’est pas toi, c’est moi…». Veux-tu bien me dire comment je suis censé ne pas le prendre personnel? Les questions continuent à se bousculer dans notre tête, car on se demande non seulement ce qu’on a fait, mais maintenant ce qu’on doit faire. Est-ce qu’on doit se battre pour y remédier, essayer d’inverser la situation ou on doit tout simplement travailler à l’accepter du mieux qu’on le peut? Encore une fois, je ne suis pas certaine qu’il existe vraiment de réponse universelle à cette question là.

Je parle du rejet, parce que je l’ai ressenti vivement cette semaine. Comme une grosse claque sale dans ma face. C’est difficile d’en parler, car je ne veux pas entrer dans les détails. Je cherche à être honnête, c’est à la base de ce que je fais, mais l’honnêteté n’implique pas de jeter de l’ombre ou de faire lancer des noms juste pour soulager ma conscience. C’est facile de se laisser tenter par la vengeance et la méchanceté, mais au final, ce n’est pas comme ça qu’on se sent mieux. Ça, c’est un autre sujet complet que j’aborderai peut-être un jour. Alors disons simplement que j’avais des rencontres une fois par semaine et que j’ai reçu un message de ne plus m’y représenter.

Au début, quand j’ai lu le message, ça m’a frappé fort. C’était des gens que je connaissais, que j’appréciais et soudainement, j’apprenais que je ne pouvais plus faire partie de ce groupe. J’en tremblais et j’en pleurais. C’était un rejet direct, sans préavis ni avertissement. J’ai connu les rejets à long terme, ceux où on est exclus lentement sans s’en rendre vraiment compte. J’ai connu les rejets silencieux, ceux où on arrête simplement de recevoir des nouvelles, des réponses ou des signes de vie. Mais un rejet aussi direct, je n’ai pas souvenir d’en avoir connu d’aussi brutal. Sûrement parce que je ne l’avais pas vu venir. Sûrement parce que ça m’a pris de court. Sûrement parce que c’était des gens que je connaissais et que je pensais être à l’abri.

Il n’est pas question de lancer des roches ou de dire qu’ils ont mal fait. Dans cette situation, et je l’admets volontiers, il y avait une raison claire pour ce rejet. On m’avait prévenu que je devais y assister quotidiennement et m’impliquer et je ne l’ai pas assez fait. Est-ce que ça rend la chose plus facile? Oui et non. C’est difficile de se faire dire par des gens qu’on connaît qu’on ne désire plus nous revoir. Même s’il y a une raison.

Parce qu’il n’y a rien de plus difficile que de se sentir remplaçable

Sentir qu’on est pas nécessaire dans un groupe, une tâche, une communauté… C’est ça qu’on ne peut pas supporter. C’est tout à fait normal et c’est douloureux. On veut se faire dire que si on n’est pas là, c’est pas pareille. On veut que le monde ait du «fun», mais si on est pas là, on veut qu’ils en aient juste un peu moins dû à notre absence et que les gens viennent nous dire : «Ça aurait été mieux si tu avais été là». On veut que les autres s’ennuient de nous. On veut tellement que ça devient un besoin. On a besoin de savoir qu’on est unique et que personne ne peut faire ceci ou cela comme nous. Que si on est pas là, ça sera la fin du monde et on laissera un vide qui ne pourra pas être rempli.

Le plus difficile dans tout ça, c’est d’accepter que ce n’est pas vrai, parce que c’est rare les moments où on est vraiment irremplaçable et indispensable. Ça semble dramatique et sans cœur ce que je dis, mais il faut juste apprendre à le voir différemment. Comprendre que quand on ne se présente pas à une soirée parce qu’on a pas envie d’y être, elle aura lieu pareille et qu’elle sera aussi amusante que si on avait été là, c’est aussi une pression en moins. Je n’ai pas à être partout, je n’ai pas à être au cœur de ce qui se passe. Et tant mieux si le monde tourne sans moi, parce que je ne veux pas à avoir le travail de le faire tourner.

Il faut apprendre à faire tourner son petit monde à soi et à l’aimer. Dans ton petit monde, la seule chose qui devrait dépendre de toi, c’est ton bien-être et ton bonheur. Notre bonheur dépend souvent des autres et c’est normal, c’est si facile de leur confier notre bien-être. À l’ère des réseaux sociaux, on cherche les «likes» et les connexions pour nous faire sentir bien. Mais le jour où ils partent, le jour où tu ne retrouves plus tes repères grâce à eux, tu as l’impression que ton monde s’écroule. Tu as l’impression que la seule chose qui te reste, c’est toi et il ne faut pas que tu le vois comme une mauvaise chose. Car tant que tu t’as, tu as la chose la plus importante qui soit entre les mains.

La solitude, c’est souvent une illusion et il y a des gens là, pour toi. Ce ne sont pas des gens qui vont créer le bonheur pour toi, mais ils sont là pour t’aider à trouver ton chemin. La route qui va te mener au bonheur, c’est toi et toute la belle personne que tu es qui va l’établir. C’est une aventure, parfois, difficile, mais promis, elle est belle et elle va en valoir la peine.

Sois patient.