Être une adulte acnéique

Mieux vaut le dire : si parler d’acné t’écoeure, t’es peut-être mieux d’arrêter ta lecture ici. En même temps, si tu avais pas réalisé que j’allais te parler de ça même en lisant le titre ; t’es clairement pas le pogo le plus dégelé de la boîte (une nouvelle expression semble-t-il, que j’utilise non pas sans un léger malaise).

Pourquoi parler d’acné? Parce que malgré mon surpoids, mes seins qui ont décidé de pas comprendre que l’avantage d’être ronde c’est aussi habituellement d’avoir une voluptueuse poitrine et mes dents qui ont conservées la même dimension que mes dents de lait, c’est sans aucun doute ce qui me complexe le plus.

J’ai accepté beaucoup de choses, comme le fait que je porterais jamais du XS, que j’aurai toujours le teint “neige-au-soleil” et que mes pieds larges auront toujours l’air d’un rôti de porc ficelé quand j’essaie des belles sandales au Yellow. Ça me va. L’acné par contre, beaucoup moins.

Qu’on se comprenne bien. Comme je le dis toujours : ce n’est jamais une question de comparer nos problèmes ou leur ampleur. Je sais que certains font aussi de l’acné, bien plus sévèrement que moi. C’est la même chose quand je parle de poids. Il ne s’agit pas de dire qui est le pire, qui est le moins pire. C’est une question de comment on se sent, dans son corps et dans sa peau. Nous avons tous nos complexes. C’est une chose personnelle qu’on ne peut pas enlever par des phrases comme «ça va finir par disparaître», «c’est pas si pire que ça» ou «arrête de te plaindre, il y a pire que toi». Ce sont des choses qui se passent dans notre tête, et ça, je ne le dirai jamais assez. Partager ce qui se passe dans notre tête, ça ne donne pas le droit aux autres d’estimer que nous n’avons pas le droit de le penser. Un complexe n’est pas volontaire. C’est plus complexe! (Je m’excuse, la piètre qualité de mes jeux de mots est un héritage familial sur lequel je n’ai aucun contrôle)

Tout ça pour dire qu’en ce moment, je vis une crise d’acné comme je n’en avais pas eu depuis mes 15 ans alors que je me maquillais avec du fard à joue «cheap» du Ardène et que j’enlevais le tout à grands coups de lingettes pour bébé achetées au magasin 1$ et de savon à mains. Autrement dit : à une époque où je prenais pas soin de ma peau. L’acné, évidemment, ce n’est jamais plaisant. En tant qu’adolescente, j’en souffrais, mais toujours en me disant que je n’étais pas la seule de mon âge (bien au contraire!) et que de toute façon, d’ici quelques années, ça finirait par partir. Me voilà pourtant, approchant le quart de siècle, avec mon acné plus persistante que jamais.

Si la jeune fille qui s’habillait mal et qui avait une obsession malsaine pour les motifs de zèbre et l’émission Surnaturel que j’étais ne prenait pas soin de sa peau, l’adulte, elle, fait pas mal d’efforts. C’est là mon problème réel avec l’acné. Aujourd’hui, je suis cette personne un peu bizarre qui adore magasiner les produits pour sa peau. Le genre de fille beaucoup trop intense qui a un nettoyant en profondeur, une crème hydratante, un sérum, un tonifiant, des masques, une lotion illuminatrice, une huile et tellement d’autres maudites petites bouteilles que je ne sais plus vraiment pourquoi je me mets ça dans la face. Quand je me dis que je mets ça pour rien, j’arrête de les utiliser. Ce qui n’aide pas ma cause. Quand je me dis que mes produits ne sont peut-être pas de bonne qualité, j’en achète des meilleurs. Ce qui n’aide toujours pas ma cause.

On me parle de traitements, de crèmes et même de pilules et je me demande à quel point on est en train de virer fou avec nos produits. Je touche ma peau avec l’envie de prendre du papier sablé et de me frotter bien comme il faut avec tellement ça me fatigue parfois. Mettre du maquillage pour cacher l’acné? Ça bouche les pores de peau, empire le problème et de toute façon, pas mon genre de me cacher derrière une couche épaisse de fond de teint alors que je travaille seule dans mon bureau avec comme seul admirateur la maudite mouche que j’arrive jamais à faire sortir. Le problème, c’est que je me retrouve avec une peau sur laquelle je n’ai aucun contrôle. Je fais les efforts, je suis les conseils, mais au final, je n’arrive pas à empêcher un nouvel ami (je parle ici d’un bouton!) d’apparaître au milieu de mon front le lendemain matin.

Quand je me regarde dans le miroir, j’envie beaucoup ces personnes à la peau parfaite. Celles qui se réveillent avec la peau éclatante de santé alors que moi j’ai les poches sous les yeux, les boutons sur les joues et les cheveux en rébellion qui me rappellent que j’ai pas pris ma douche la veille et que j’ai donc l’air du «yable». Je pense que ça fait de moi la fille ordinaire. Celle avec des petits complexes qui l’empêchent pas de vivre, mais qui la font parfois rager. Et je parle de fille, parce que c’est ce que je suis (je te le jure!), mais je sais que ça affecte aussi les gars. C’est une nuance, mais c’est important pour moi de l’apporter, parce que messieurs, je trouve qu’on vous permet pas beaucoup de complexer… Mais ça, c’est un sujet sur lequel je reviendrai sûrement un jour.

J’aimerais vous dire que mon texte est plus profond que ça, mais non. Encore la même fille qui te raconte des histoires sans «punch» sur le fait qu’elle n’aime pas sa peau et qu’elle vit avec ça. C’est pas un texte inspirant ou mélodramatique sur le pouvoir de la pensée positive : c’est un texte d’acné pis de peau pas contrôlable. C’est aussi le texte d’une fille qui s’est mis un masque contre l’acné beaucoup trop dispendieux sur le visage à 22h00 et qui avait beaucoup de temps à tuer en attendant que vienne le temps de l’enlever. Pis devines quoi? C’est là que ça se passe. J’aurai sûrement pas une peau de rêve demain matin, mais le fait d’en parler me fait du bien. Et puis, au final, c’est correct d’avoir des imperfections. Mon blogue serait un méchant torchon si j’étais parfaite, non?