Faire face au raz-de-marée

Cette semaine, j’ai frappé un mur. Un mur que je n’avais absolument pas vu venir. D’où sortait-il? Pourquoi était-il là? Que s’était-il passé pour que je croise son chemin? Des questions auxquelles je n’avais aucune réponse, mais qui ne changeaient rien au résultat : je suis rentrée dedans solide et ça a frappé fort, au point où, pour une des premières fois de ma vie, j’ai eu peur de ne pas savoir comment me relever. 

Ce n’est pas une première en soi, j’ai eu d’autres moments semblables à ça dans ma vie où j’ai eu l’impression que soudainement, plus rien n’allait, que j’avais frappé le fameux mur. Ça arrivait souvent dans des périodes difficiles où je n’avais plus de repères et où je vivais beaucoup d’angoisse et de stress dans des sphères précises de ma vie. Le mur, bien qu’il fasse mal, arrivait comme une suite logique d’une perte de contrôle de moi-même dans les incertitudes que la vie mettait sur mon chemin et où j’ai dû chercher de l’aide pour reprendre la maîtrise et poursuivre mon chemin.

Cette fois-ci pourtant, ce fut différent. Pour la première fois, je ne l’ai pas vu venir, pas même un peu. Ma vie, qui n’a probablement jamais été aussi stable qu’en ce moment, me semblait libre de toute cause d’anxiété. Et pourtant, cette semaine, je suis rentrée chez moi un soir, un sac d’épicerie à la main, sans aucune idée que ça allait frapper à l’instant même où j’allais fermer la porte. Je me suis retrouvée appuyée sur ma porte, le manteau sur le dos, sans comprendre la vague qui montait en moi. J’avais la sensation que j’allais m’écraser là et ne pas me relever, que tout allait m’écraser.

La vague est devenue un raz-de-marée.

L’ordre des choses est flou à partir de là. Je me souviens de l’urgent besoin que j’ai eu soudainement d’enlever mon manteau et de lancer le sac au sol, parce qu’ils me pesaient et que j’avais l’impression qu’ils m’empêchaient de respirer. Je me suis déshabillée, au complet, j’ai laissé mes vêtements sur le sol à l’entrée et je me suis garrochée dans la douche avec l’impression que me laver allait m’aider à retrouver mon souffle et mes esprits. Mais ça n’a pas marché, pas pantoute…

Je me suis retrouvée dans mon lit, mouillée et enroulée dans ma serviette, à chercher ma respiration et à avoir des hauts le cœur tellement mon cœur battait fort dans ma poitrine. Les larmes, elles, coulaient en gros sanglots, comme un torrent douloureux, alors que les émotions m’étouffaient, littéralement. Je tremblais, j’étais étourdie et j’avais la nausée alors que mon crâne menaçait d’exploser. J’allais éclater, je le sentais. J’allais me briser, là, toute seule sur mon lit, et je n’allais pas me relever. C’était ce que je me répétais, que j’allais juste me briser et que je ne reprendrais jamais le contrôle. Une pensée qui ne m’a pas quitté durant les longues minutes que ça a duré.

L’anxiété, je connais. Ça, c’était nouveau et terrifiant.

L’anxiété fait partie de ma vie depuis longtemps maintenant. Je peux la nommer depuis seulement quelques années, mais j’ai appris à mieux la comprendre et la gérer mieux avec l’aide de personnes de mon entourage et de ressources professionnelles. Elle fait partie de moi et j’arrive souvent à la rationaliser, du moins en partie. Ça m’aide à mieux vivre avec et surtout, ça me fait prendre conscience qu’il n’y a rien de mal à ça et que je suis loin d’être la seule. On oublie souvent qu’au Canada, on estime que c’est près d’une personne sur trois qui en souffre, à différents degrés. Pour ma part, pour l’instant, je sais qu’elle est plutôt modérée et que j’arrive à la gérer par moi-même. Relativiser mon anxiété et pouvoir mettre des mots dessus est un grand soulagement et une grande aide dans ma vie de tous les jours.

Néanmoins, ce que j’ai vécu cette semaine était complètement différent. Il n’y avait rien à rationaliser et mon cerveau n’avait pas de place pour que je puisse prendre du recul et comprendre ce qui m’arrivait. C’était juste un gros raz-de-marée violent qui m’a ramassé, m’a renversé et m’a bousculé pendant un bref instant pour finalement se retirer et me laisser complètement vidée. J’ai eu l’impression qu’on venait de me drainer toute mon énergie et que j’allais resté là, dans mon lit, sans jamais trouver la force de me relever.

Le tsunami a un nom : une attaque de panique

C’est niaiseux, mais je pensais en avoir vécu dans ma vie avant de vraiment en vivre une. En vérité, je confondais sans doute mes épisodes d’anxiété avec ce qu’était réellement une attaque de panique. Ça m’a ébranlé à un point que j’arrive difficile à exprimer. Peut-être parce que c’était nouveau ou simplement parce que c’était juste tellement fort. Il n’y avait pas d’explication à ce qui s’est passé cette soirée-là et il n’y en aura pas non plus. C’est arrivé sans prévenir, sans raison, et puis, ça s’est arrêté plusieurs minutes plus tard. Je ne sais pas combien de temps ça a duré, mais ça m’a paru une éternité. 5-10 minutes peut-être à partir du moment où j’ai quitté la douche? Je ne sais pas.

Ce que je sais, c’est que j’ai rarement été épuisée comme ça. Quand mon chum est rentré à la maison, j’essayais de préparer le souper, dans la mi-obscurité. J’avais encore la tête qui palpitait et les yeux sensibles à la lumière, cadeau d’un mélange entre avoir trop pleuré et un restant de migraine qui avait cru bon de se joindre à la partie quelques minutes après l’attaque. J’aurais dû être couchée, mais je pensais que je devais me forcer à fonctionner pour que ça aille mieux. Heureusement, il a pris le relais parce que moi, je n’étais plus bonne à rien, ma batterie était vide et une chance qu’il était là. J’ai mangé juste pour dire et j’ai été dormir. Une nuit de presque 12h, dormi profondément et consécutivement.

Pourquoi je te raconte ça?

Pas pour faire pitié. Absolument pas. Ça va mieux, beaucoup mieux même. Le sommeil m’a fait du bien et le calme de mon travail m’aide à reprendre le beat. Par contre, je me suis dit qu’il y avait plusieurs raisons de partager ça. Parce que, notamment, je ne dois pas être la seule qui n’avait aucune idée de ce que c’était réellement avant d’en vivre une ou qui comprenait mal ce que c’était. J’écoutais ou lisais des gens en parler en ne saisissant pas l’ampleur et même en pensant, peut-être, avoir déjà vécu ça un jour dans ma vie sans trop m’en souvenir. Je croyais que mes épisodes de larmes, de stress et de pure anxiété s’apparentaient sûrement à ça, mais oh que non! C’était soudain et sans logique. Il n’y avait pas de déclencheurs, juste moi et ce raz-de-marée. Mon anxiété, j’arrive à la comprendre. Ça, non.

Ce que j’en retire, c’est beaucoup de compassion pour ceux qui vivent ça fréquemment. On pense parfois que les gens, quand ils racontent ce type d’histoire, exagèrent la majorité du temps. Je n’en suis plus si certaine, je dirais même le contraire. Dans mon cas, c’était peut-être un épisode isolé, pas de quoi en faire un plat, honnêtement. Mais pour plusieurs, c’est quelque chose qui les accompagne régulièrement dans leur vie. Pis je n’ose pas imaginer ce que ça doit être, notamment quand on a des enfants, et qu’on ne peut pas juste lancer le sac d’épicerie et aller se coucher.

Mettre des mots sur des expériences vécues, ça fait du bien à un niveau personnel aussi. Et parfois, ça permet à d’autres de reprendre ces mots et de les appliquer à ce qu’ils ont vécu aussi. On ne réalise pas toujours ce que ça fait de pouvoir mettre des mots sur nos expériences et savoir qu’on est pas seul. C’est fort le pouvoir du groupe et de la communauté. Et si mon blogue m’a appris une chose, c’est bien ça ♥

 

2 COMMENTS

  1. Josee | 22nd Fév 19

    Bonjour 🙂
    Je fais des attaques de panique depuis l’enfance et ça a pris des années, soit le début de ma 20e pour qu’un medecin puisse me diagnostiquer. Car le probleme est que les symptomes varient beaucoup pour chaque personne. Les points communs sont une impression de mort imminente, d’urgence, d’être « pris » dans son corps, dans sa tête et l’extrême terreur de l’épisode. Car c’est terrifiant! J’étais un gros cas et avec les années j’ai travaillé sur moi et maintenant je gère mieux. Mais je reste fragile et doit avoir une hygiène de vie assez constante car la fatigue, le stress me cause problème. Heureusement, tous les cas ne sont pas comme moi. Peut être n’en
    n’ auras-tu plus jamais de ta vie. Je te le souhaite de tout mon coeur. Sinon, sache que des solution et de l’aide existe et qu’on peut apprendre a vivre avec ca et etre heureuse quand meme…
    J’ai beaucoup aimé te lire! C’est un sujet encore inconnu pour plusieurs et en parler ne peut qu’aider d’autres personnes. ❤️

    • Nadia | 25th Fév 19

      Merci pour ton commentaire !
      Je compatis avec ce que tu as dû vivre. Je devine à quel point cela n’a pas dû être facile. Tu es sans aucun doute une personne terriblement forte et te lire fait du bien: c’est un beau message d’espoir et de résilience. Pour l’instant, dans mon cas, comme c’est un épisode isolé, je n’ai pas pris de mesure professionnelle, mais je suis définitivement plus alerte désormais et si ça m’arrive encore, j’irai sans aucun doute chercher de l’aide. Je crois que des ressources existent de nos jours et qu’il ne faut surtout pas avoir peur de les utiliser.

      Encore une fois merci pour tes bons mots et ton témoignage, c’est tellement apprécié ♥

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