F*ck la culpabilité

Ça fait déjà quelques mois que j’ai réalisé que je n’écrivais plus rien sur mon blogue. Quelques mois à regarder mon site internet prendre la poussière et à payer dans le beurre l’hébergement d’un site qui s’approchait dangereusement de l’équivalent Web d’une ville fantôme. 

Je n’étais pas très constante sur mon rythme de publication à la base il faut dire. J’écrivais ici et là, environ une fois par mois, selon l’inspiration et l’envie du moment. Sauf que les semaines sont devenues des mois et sans même m’en rendre compte, je suis arrivée à 6 mois sans avoir mis les pieds ici. Ça, c’était en novembre dernier.

Mon premier réflexe quand j’ai constaté que je n’avais pas alimenté mon blogue depuis plusieurs mois, ça a été de sentir que je devais écrire quelque chose. Un texte, un petit update, n’importe quoi. J’ai commencé une quinzaine de textes qui, pour la plupart, n’allaient pas plus loin que la première ligne, et j’ai plus souvent qu’autrement effacé les mots presque à la seconde où ils se matérialisaient sur l’écran. Le syndrome de la page blanche, je l’ai côtoyé à maintes reprises : il a accompagné mes nuits de rédaction à l’université et m’a souvent nargué quand l’inspiration pour un texte ne venait pas. Cette fois-ci c’était différent…

Ça ne me tentait juste pas. 

Mon blogue, c’était mon terrain de jeu et pourtant, chaque fois que j’y mettais les pieds, j’avais juste envie de m’en aller loin, très loin, de faire tout sauf ça. Je commençais à écrire en écoutant une vidéo sur YouTube et rapidement je me retrouvais à enchaîner les vidéos, la page de mon éditeur de texte toujours blanche. Je m’assoyais devant mon ordinateur et finalement je commençais à lire un livre qui se trouvait sur le coin de mon bureau sans jamais écrire un mot.

Ce blogue, c’était ma fierté, mon bébé, et somehow, quand je venais le retrouver, je ne ressentais rien. Pas de plaisir, pas d’engouement, pas de volonté d’écraser frénétiquement les touches de mon clavier. Non. Juste un gros vide sale qui nous écœure bien comme il faut, le même qu’on ressent quand on ouvre le réfrigérateur pour la dixième fois de suite en espérant soudainement que son contenu va devenir intéressant alors qu’on sait bien qu’on a pas fait l’épicerie cette semaine et qu’il n’y a rien là à part des olives Kalamata et un pot de yogourt louche dont on n’ose même pas ouvrir le couvercle tellement on a aucune idée du moment où on l’a acheté.

J’avais l’impression de laisser tomber et ça m’étouffait.

Chaque fois que je faisais une vaine tentative d’écrire quelque chose et que ça n’aboutissait à rien, je me sentais mal, mais ce n’était rien à comparer à quand je n’essayais pas du tout. Procrastiner sur quelque chose qu’on haït faire, c’est une chose. Procrastiner sur une passion, c’est crève-cœur. On a l’impression de laisser tomber tout ce sur quoi on a travaillé, et ce, même s’il n’y a pas d’argent ou d’échéances à respecter au bout du compte. Je n’ai jamais été forte à concrétiser mes projets : j’ai la tête pleine d’idées, mais aussi pleine d’une capacité incroyable à passer aisément du coq-à-l’âne et d’oublier ce que j’avais en tête cinq secondes plus tôt. Mon blogue était l’une des exceptions. Durant ses trois premières années de vie, il m’a toujours autant motivé et animé. Je ne sais pas pourquoi je n’avais pas anticipé qu’à un moment ou à un autre, j’allais taper un mur.

Ça a l’air nono dit comme ça, parce que la vérité, c’est qu’il n’y a probablement personne d’entre vous qui ne l’aviez remarqué. Après tout, ce n’est pas comme s’il y avait du monde qui attendait mes articles ou si j’étais disparue des réseaux sociaux non plus : j’étais encore très active, – peut-être même encore plus qu’avant – sur Facebook et sur Instagram. Alors, pourquoi faire un big deal d’un site internet, d’un blogue duquel ne dépend absolument rien du tout?

Parce que j’ai mis tellement de mon cœur dedans et qu’il me rendait tellement fière que de le délaisser, même si ça impactait personne d’autre que moi, ça me rongeait de culpabilité

« Bon, un autre projet qui n’aura pas su tenir ». C’est un peu ça que je me disais. Le sentiment de lâcheté et d’échec me pognait à la gorge et ça m’entraînait dans un cercle vicieux.  Moins j’écrivais, plus je me sentais mal. Plus je me sentais mal moins j’écrivais. Et ainsi de suite. Le fait qu’on soit en pleine pandémie où j’avais du temps plus que jamais pour écrire rendait ça insupportable. Au moment où j’ai enfin du temps, j’ai pu l’envie? C’était d’une atroce ironie !

J’ai grugé ma culpabilité jusqu’à passer au travers, jusqu’à ce que je n’ai plus rien à gruger. L’idée s’est lentement fait dans ma tête que j’allais tourner cette page-là, que je ne renouvellerais pas mon hébergement et que ça finirait là. Je pensais avoir abandonné à ce moment-là, mais la vérité c’est que j’ai surtout lâché prise. Je me suis donné le droit de prendre du recul et de faire autre chose, je me suis donné le droit de n’en avoir rien à foutre pour un boutte.

Et je ne savais juste pas à ce moment-là que c’était de ça dont j’avais besoin. 

Tantôt, j’ai refermé le livre que j’étais en train de lire et j’ai regardé mon ordinateur et soudainement, ça m’a donné le goût. Un goût qui ne m’était pas revenu depuis mai dernier, mais qui était là comme s’il n’avait jamais quitté. Je me suis assise et j’ai commencé à écrire ces lignes, sans savoir trop trop où je m’en allais avec mes skis, mais ça, ce n’est pas comme si c’était différent d’à l’habitude…

Ça m’a pris presque un an pour réaliser que la culpabilité n’a pas sa place dans notre vie. Ça me fait rire d’écrire ces mots, car c’est un processus que j’ai déjà vécu il y a bien des années avec la culture des diètes et l’obsession de la minceur. J’ai passé des années de ma vie à culpabiliser pour atteindre un idéal de corps qui n’arriverait jamais et j’ai un jour décidé de dire « f*ck that » et de me donner le droit à l’indulgence face à mon image corporelle. Turns out que j’ai oublié d’avoir la même douceur et la même compassion envers mon cerveau, mes projets et ma productivité.

La pandémie a un effet un peu pervers sur nous.

Je ne me suis jamais sentie aussi obligée ou pressée d’être productive que depuis la pandémie, parce que les circonstances, bien qu’horribles, nous ont donné à plusieurs quelque chose qu’on réclamait depuis des années : du temps. Et ce temps-là, une fois mis devant nous, qu’en fait-on? Rien. On le regarde et on le laisse passer sans que rien n’arrive et ça nous rend fous. Pourquoi est-ce qu’on n’est pas en train de concrétiser tous nos rêves? Planifier nos projets? Faire tout ce qu’on s’est dit qu’on ferait quand on aurait un peu de temps? Parce que ça ne nous tente pas.

Et on ne devrait pas en éprouver de culpabilité. Oui, on a juste une vie à vivre, et ce que je vais dire va paraître dark, mais au final, on finit tous à la même place et surtout, on aura jamais le temps de tout faire anyway. Alors au lieu de chercher à courir constamment pour tout réaliser, donnons-nous le droit de nous déposer, même si ça veut dire ne rien faire et faisons de notre mieux et notre possible pour avancer et réaliser quelques rêves et quelques projets en cours de route. Notre productivité ne nous définit pas et notre temps n’est pas gaspillé parce qu’il n’est pas investi dans mille projets et courir à gauche et à droite.

Alors oui… F*ck la culpabilité. Je suis tannée de ce feeling-là. La culpabilité ne nous pousse pas à mieux, à chercher à nous dépasser : elle nous terre dans notre sentiment de médiocrité et nous jette dans le cercle vicieux de la dépréciation, et ça, c’est non.