La riposte des grosses – Réponse à Sophie Durocher

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Ah Sophie. En écrivant ton article pour le journal de Montréal, tu as peut-être oublié que le gras de nos fesses ne montent pas jusque dans nos yeux, notre bouche et nos oreilles et que nous, les grosses, on allait te répondre. Je les vois déjà les réactions des autres, pas juste les toutounes Sophie, mais aussi celles qui croient en la beauté du corps et en la possibilité de vivre sans se faire face au «fat shaming» du Journal de Montréal un samedi matin.

Par où commencer avec toutes les aberrations que tu as pu nous sortir par ce texte délectable sur «Comment Sophie Durocher détient la réponse absolue sur ce qui est beau, sur l’acceptation de soi et sur les bons modèles de vie». Nécessairement ceux qui pourraient apprécier la beauté d’une image comme celle que l’on montre sur ton article (et sur le mien, tiens donc!) sont des hypocrites. Après tout, qui sont le Cosmopolitan et Vice pour juger quand Sophie Durocher elle, détient la vérité. Décidément, il faut que tu t’informes sur les BBW… et tellement plus. C’est pas tout le monde qui nous voit comme des  gros bébés potelés version adules ou encore qui s’imagine en train jouer avec du Jell-O en nous touchant. On peut être fière, sexy et des modèles Sophie, mais pas pour toi, évidemment.

Dans la série des propos stupéfiants (dont ton article est une anthologie!), tu te vantes pourtant d’être en faveur pour la diversité corporelle avec des exemples aussi délicieux que Kim Kardashian, Monica Bellucci et Beyoncé. Évidemment! La beauté est tellement plus accessible à ceux qui ont des millions pour se payer des nutritionnistes, des entraîneurs, des chirurgiens et du photoshop sur la moindre de leurs photos. Savais-tu que Beyoncé s’est battue pour faire retirer une photo virale d’elle où elle n’était pas «à son avantage»? Niveau acceptation de soi, tu as bien choisi tes exemples!

Des exemples… C’est drôle comme c’est une des nombreuses choses qu’il manque à ton article. Ça pis des faits, des nuances, du recul, du «j’essaie-de-voir-le-monde-en-dehors-de-mon-profond-nombrilisme» et tellement d’autres. On lit ton texte en se demandant sur quoi tu t’appuies et j’en viens rapidement à me dire : rien pentoute. Outre ta propre« écoeurantite» à nos rondeurs. Tu te mets dans nos têtes? Dans celle des autres? Est-ce que j’ai manqué le moment où Sophie Durocher est devenue un super-héros de X-Men qui lit dans mes pensées ou est-ce qu’encore une fois tu te permets de parler à notre place et juger sans savoir.

Il faut te donner raison. Plusieurs personnes obèses ne sont pas en santé. Comme plusieurs personnes maigres d’ailleurs. Comme plusieurs personnes dans leur poids santé même! Dans tous les cas, j’ai envie de te dire que ce n’est pas de tes affaires, à toi, du haut du Journal de Montréal. Selon toi, une femme taille plus n’est pas un modèle d’acceptation de soi, car elle ne devrait même pas avoir le droit de s’accepter elle-même. Ô grande juge Sophie Durocher, je m’excuse de t’annoncer que ce n’est pas toi qui détient le pouvoir ultime de m’en empêcher. Oui, plusieurs personnes obèses ne sont pas en santé, on ne se mettra pas la tête dans le cul, mais ne vient pas nous faire accroire que la raison de ton article est une impulsion de générosité et d’inquiétude envers la santé de cette pauvre femme. C’est une question d’esthétisme et de physique, c’est tout. Les bourrelets te dérangent? Sache qu’aucune d’entre nous ne te force à les regarder. Et je te rassure, le Québec à quelque chose qu’on appelle des médecins, ils se chargeront de nous faire la morale et d’envisager avec nous la suite de notre aventure dans le monde des toutounes. Tu peux donc partir en paix! Il faut avouer que je ne savais pas que notre bilan de santé se devait d’être du domaine public, mais selon toi apparemment, la taille de mes hanches, la grosseur de mes cuisses et la circonférence de mes fesses sont le soucis de tous. Je te rassure, veilles sur ta santé, je veillerai sur la mienne. On aura plus besoin d’écrire des articles pour se tenir au courant de mes examens médicaux et tout le monde va être heureux.

Mais moi, je me demande : comment fais-tu pour marcher dans la rue avec des œillères aussi étroites? À te lire, le coeur doit te lever souvent en nous croisant dans la rue. Nos corps difformes si répugnants ne seraient-ils pas mieux dans un cirque? Tu parles de nous comme si on allait pas te lire, comme si tes mots étaient destinés à une classe supérieure. Les grosses ne lisent pas le Journal de Montréal, c’est bien connu! On est trop occupé le samedi matin à manger des restants de pizza de la veille en s’enfilant un sac de Cheetos et un coke diet (pour la forme, tsé!) avant même que midi soit sonné. Je suis grosse Sophie. Et oui! Il y en a des bien plus grosses et des bien plus maigres. Ce qui est terrible avec un texte comme le tien, c’est que tu ne sais même pas qui tes dards vont atteindre. Pour moi, ce qui me choque le plus, c’est que je sais que bien des personnes plus maigres (filles ou garçons), peut-être même dans leur poids santé, vont être affectées par ton texte. Elles vont se regarder dans leur miroir et se dire «Suis-je le monstre de laideur de Sophie Durocher?». Alors que certaines femmes, beaucoup plus grosses que moi, vont lire ton texte en roulant des yeux et continuer leur chemin comme si de rien était. Parce que tu ne sais pas l’effet de tes mots Sophie et la vérité, plus dure encore je crois, est que cela t’importe surement peu. «Parlez de moi en bien, parlez de moi en mal, en autant que vous en parliez», étais-ce le but de cet article?

Avec un titre comme «Miroir qui est la plus belle», ton article se positionne assez clairement sur où tu es dans l’histoire. La plus belle d’entre toutes, ce n’est pas la ronde. C’est toi, peut-être? Je me prononcerai pas là-dessus, parce que tu sais quoi, qui suis-je pour te juger sur la seule base de ton physique? Par contre, notre avantage aux toutounes ma chère Sophie, c’est qu’on t’a lu et je t’apprends tout de suite que ton miroir à toi, par le reflet de tes mots, ne te montre pas sous ton meilleur jour. Parles à ton miroir autant que tu veux, moi je vis très bien avec le mien!

Comme le dit si bien Katia Lévesque dans une publication Facebook à ton intention : «Oui Sophie, appelons un chat un chat, je suis obèse morbide. Et tu es grossophobe». Alors excuses-nous, nous allons continuer notre vie sans s’inquiéter de l’opinion de Sophie Durocher à notre égard. En espérant ne pas te croiser aujourd’hui : j’ai mis une robe très moulante et je ne voudrais pas te couper l’appétit.