La surcharge sensorielle, connais-tu?

J’ai longtemps cru que j’étais quelqu’un de facilement irritable. Pour être ben franche, je le crois encore la plupart du temps. Je sais que je suis quelqu’un qui a la mèche courte et qui peut être facilement à fleur de peau ou excédé par une situation quelconque. Ça ne fait pas de moi une moins bonne personne, c’est juste un fait. 

Pourtant, il y a des situations ou des moments dans ma vie où je ne comprenais pas mes réactions, cette irritabilité-là qui me saisissait. Le simple fait d’être la même pièce que quelqu’un par exemple pouvait devenir un vrai calvaire, alors qu’il ne faisait rien du tout.

C’est comme si ma bulle devenait parfois extrêmement vaste. Comme si le simple fait d’avoir quelqu’un dans la même pièce que moi était trop, comme si je pouvais sentir leur présence et que ça m’agaçait. Je remarque la lumière de l’ordinateur plus qu’à l’habitude alors que les changements de luminosité m’agressent, j’entends le son de sa respiration se mélanger à celui de ce qu’il écoute sans être capable de l’ignorer et un simple contact est comme une décharge électrique qui me donne envie de sauter hors du lit. C’est comme un besoin de solitude, mais exacerbé au maximum.

Tout m’agresse.

Ce sont mes sens qui m’affectent ou plutôt ce sont eux qui sont affectés par absolument tout ce qui se passe autour de moi. J’ai l’impression que mon corps est assailli par l’extérieur alors qu’absolument rien d’inhabituel ne se passe. J’ai les sens en éveil et ils se heurtent à l’entièreté de ce qui se passe autour de moi. Si on pose sa main sur moi je me défile, comme si tous mes sens ressentaient trop fort, comme si un contact était plus que je ne pouvais en supporter. La musique, particulièrement, peut avoir un effet sur moi qui me donne l’impression de frôler la folie. Pourquoi chaque note est comme des ongles sur une ardoise?

Je suis dans un état d’inconfort où je n’arrive tout simplement pas à me concentrer sur rien. Tant que les stimuli fourmillent autour de moi, je n’ai aucun focus. Je me sens angoissée et prise dans mon corps sans pouvoir me l’expliquer. Pis je sais que c’est niaiseux, qu’il n’y a aucune raison pour que je me sente agressée à ce point-là, mais ce n’est pas quelque chose que je contrôle. Je me sens comme une enfant. Tsé, quand les enfants ne veulent pas que tu les touches ou qu’ils ne veulent rien entendre et qu’ils deviennent genre fous? Ils se débattent et hurlent « Lâche-moi! », « Touche-moi pas!» ou « Arrête! ». C’est ça… Je suis cette enfant-là.

Sensibilité et anxiété

Ce n’est pas un état dans lequel je me retrouve souvent. C’est néanmoins un état que je retrouve surtout dans de grands moments d’anxiété ou d’hypersensibilité. J’ai littéralement les émotions à fleur de peau et je sens que j’ai besoin d’une pause, de m’éloigner de tout et de juste vivre dans un cocon pour un instant. Je le vis à la maison ou au travail, quand ça a été trop agité et que là, mon corps décide que trop c’est trop. Les voix des gens viennent me chercher, ma boss qui vient dans mon bureau me donne envie de hurler, la lumière trop forte des néons m’indispose et l’incapacité de juste aller me mettre en boule dans un placard et devenir un balai pour quelques heures me décourage.

Pis dans ce temps-là, je me sens brûlée, je me sens fatiguée. Tout le monde m’énerve et j’ai envie de hurler pour qu’on me laisse tranquille, comme un enfant qui pique une solide crise. J’ai envie de pleurer pour rien, juste parce que c’est comme too much pour mes sens à tolérer. Quand je suis à la maison, je veux juste me retrouver dans une pièce sombre, assise bien tranquille à lire ou à regarder une émission, sans autre contact avec le monde extérieur. Je veux juste ma bulle, une maudite grande bulle, et qu’elle reste intacte jusqu’à ce que ça passe. Mais c’est difficile à expliquer parfois, à mettre en mots. Même en ce moment, je rush à l’exprimer. Comment dire « Désolé, le monde extérieur m’agresse » sans que ça ait l’air weird?

Sensory overload

Parfois, je pense que les publicités et les algorithmes Facebook sont capables de lire dans mon cerveau, parce qu’un jour, je suis tombée par hasard sur un terme qui m’a intrigué : « Sensory Overload », ou en français « Surcharge sensorielle ». C’était un article qui parlait de ça, de cette sensation d’avoir les sens tellement sensibles aux facteurs extérieurs que ça fait presque mal. Ça anime cette irritabilité-là qui nous donne envie de crier aux gens de fermer leur gueule ou juste de se mettre les mains sur les oreilles et d’hurler fort et longtemps. C’est ton cerveau qui soudainement reçoit toute l’information en même temps de tes sens et ne sait pas comment la gérer.

Certaines personnes ou certaines maladies sont plus susceptibles d’entraîner la surcharge sensorielle, mais dans les faits, tout le monde peut la vivre ou l’expérimenter à un moment ou dans un autre. Ceci étant dit, ce n’est pas non plus un concept qui doit servir à justifier des sautes d’humeur ou un caractère de marde, parce que c’est si facile de mettre sa mauvaise humeur et son air bête sur le dos d’un phénomène comme ça. Mais oui, ça existe et simplement le fait de savoir ça permet de mieux comprendre ce qui m’arrive parfois dans mon cas. Ça me permet de prendre un pas de recul aussi, de me dire que c’est temporaire, que ça va passer et que je dois juste respecter ma bulle et mes limites. Ça m’évite juste d’être bête pour rien alors que je peux l’éviter. 

La surcharge sensorielle est un état, pas une maladie. Je ne suis pas non plus une experte en la matière, mais je souhaitais simplement vous en partager ce que j’en ai compris et par le fait même le bien que ça m’a fait de mieux me comprendre en mettant des mots sur quelque chose que je vivais occasionnellement. 

 

6 COMMENTS

  1. Emilie | 2nd Fév 19

    Je dois dire que c’est un vraiment un bon texte ! Je ne connaissais pas du tout ça mais c’est un phénomène avec lequel je vis au quotidien er c’est très difficile. Merci pour la découverte!

  2. Josée | 4th Fév 19

    Je me sentais souvent comme ça avant d’avoir mon diagnostique d’apnée du sommeil… Je manquais gravement de sommeil depuis surement quelques années et celà a exacerbé mon hypersensibilité et mon anxiété puis tout me tombait sur les nerfs. Je sens que le rattrapage de sommeil sera long… La plupart des gens qui souffrent d’apnée du sommeil ne le savent pas…

  3. Jessica | 7th Fév 19

    WOW WOW et RE WOW !!! Ce texte est en plein ce que j’avais besoin de lire…en ce moment où je me dit bon et bien c’est reparti mon TAG est au bord de déborder tsé.. je ne gère plus.. Mais de lire que je ne suis pas seule à ressentir tout ça je vous jure c’est le meilleur moment que j’ai eu des dernières semaines voir mois ♥ Merci merci et encore MERCI ! C’est exactement ce dont j’avais besoin et en plus devinez voir si j’ai envoyé ça à mon chum et ma mère qui ne comprennent clairement pas (et je les comprends de pas comprendre haha) que des fois bin j’ai juste le goût d’être seule dans mon bain ultra chaud éclairée par une petite chandelle rien d’autre..pour respirer tout simplement. MERCI ♥

    • Nadia | 9th Fév 19

      J’ai été très touchée par ton commentaire Jessica. Je suis infiniment heureuse si mon article a pu te faire du bien. Je ne suis pas une professionnelle, je suis juste une fille ordinaire qui vit avec ces choses-là et qui se dit qu’en les partageant, peut-être est-ce que ça aidera quelqu’un d’autre. Alors d’avoir ton commentaire, ça m’a fait un bien énorme. Ça m’a rassuré de savoir que je n’étais pas seule et surtout, de savoir que j’ai pu aider quelqu’un.

      Sache donc que ton commentaire a été lu et que non, tu n’es pas la seule incomprise qui doit vivre avec ça. Ce n’est jamais évident pour nos proches ni pour nous-mêmes : nous arrivons à peine à nous comprendre parfois, alors comment les autres le pourraient? Un pas à la fois, en mettant des mots sur ce qu’on vit, j’ose croire qu’on arrive mieux à se comprendre soi-même et à se faire comprendre. Du moins, c’est moi-même ce que j’essaie de faire.

      Je te souhaite beaucoup de bien et de bonheur.

  4. Nathalie | 8th Fév 19

    Bonjour
    On m a colle une étiquette de bipolaire, la maladie a la mode ainsi que sin nom d ailleurs
    Elle s est déclenché a la suite d une accumulation de gros chocs émotionnels
    Je suis hypersensible, hyperactive, stressée de nature, angoissée moins avec l âge
    En lisant cette article, je dirai plus que je souffre de surcharge sensorielle, sachant que je suis une vraie eponge des ondes négatives qui m entourent. A tel point, que je suis certaine fois, obliger de m isolé pour reprendre des forces

    • Nadia | 9th Fév 19

      La surcharge sensorielle n’est pas une maladie ou un trouble en soi. C’est un symptôme qui peut accompagner un grand nombre de conditions pour toute sorte de raisons. Je crois que c’est un concept assez récent et dont on ne parle pas encore assez. Mais parfois, en tout cas pour moi, de pouvoir mettre des mots sur ce qu’on vit ça fait du bien. Peu importe ce avec quoi nous vivons, l’important c’est de parvenir à trouver le moyen de se comprendre, de mettre des mots sur ce que l’on vit et d’apprendre à le gérer. En espérant que mon texte ait pu t’aider en ce sens.

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