Le malheur des bons gars

À toi l’homme ordinaire qui te fait mettre dans le même panier que le macho, le trou-de-cul, le sans-cœur, l’infidèle, le misogyne et j’en passe. À toi qui préfère te taire de peur qu’on te reproche de dire ceci ou cela parce que tu es un homme et qu’un homme, on le sait bien comment c’est…

Je tiens à t’écrire un peu, comme une petite tape dans le dos pour t’encourager. Je te vois aller et je te trouve bon, vraiment. Tu vis  à une époque où les femmes revendiquent leurs droits et ça, c’est merveilleux. Ce qui l’est moins, c’est quand cette bataille devient le prétexte pour te brimer et te dire de fermer ta gueule.  L’égalité homme-femme n’est pas atteinte à plusieurs niveaux, c’est vrai, mais ce n’est pas une raison de t’oublier et de te rejeter aux rangs de celui qui aura le droit de parler quand il aura connu les douleurs de l’accouchement et les malheurs des menstruations. Cependant, toi aussi tu as des droits. Tu as le droit de ne pas être d’accord sans être un truc de cul, tu as le droit de vouloir parler de sexe sans être un pervers-obsédé, tu as le droit de vouloir complimenter une fille sans te faire dire que tu es un prédateur sexuel.

J’ai bien dit complimenter : pas harceler, pas agresser, pas «catcaller». J’ai eu cette discussion avec des amies la semaine dernière et on se demandait où était la limite. Je ne crois pas qu’on peut mettre tous les hommes dans le même panier sur ce sujet. Et je sais mesdames, le gars saoul qui vous dit «Des belles cuisses après ça», c’est insultant. Les imbéciles qui baissent leur vitre de char et disent «Combien tu charges beubé», c’est dégradant et tout simplement dégueulasse. Un gars qui décide qu’il a le droit de te donner un bec ou plus, même si tu veux pas, c’est une agression.  Je ne parle pas de ça. Jamais je n’oserais réduire des actes comme ça aux rangs de simples bévues. Je parle de celui qui va te dire «Vous êtes jolie mademoiselle», sans mauvaise intention, juste celle d’exprimer qu’il te trouve en effet jolie. Si tu montes aux barricades en me disant que ces hommes-là n’existent pas et que le fait qu’un homme te dise un compliment ne peut pas être un acte sans arrière pensée, alors deux choix s’offrent à toi : arrête de lire maintenant et évite de te pomper pour rien ou viens me laisser un commentaire exprimant ton profond désagrément et on discutera du fait qu’on a pas tous la même opinion des hommes.

Oui, les agressions sexuelles sont dans 96 % des cas commis par des hommes. Et oui, 84 % des victimes sont des filles ou des femmes*. Ça ne veut pas dire que 100% des hommes sont des agresseurs. C’est le bon vieux raisonnement : « Tous les agresseurs ou presque sont des hommes, Tristan est un homme. Donc Tristan est un agresseur ». Ça semble être logique comme raisonnement, mais dans les faits, c’est pas vraiment ça.
(C’est un sophisme,  un syllogisme erroné, si jamais ça te tente de t’informer là-dessus… On sait jamais!)

Il n’est pas question de dédramatiser quelque chose de réellement dramatique. C’est plutôt une question de ne pas non plus mettre tout dans la même catégorie. Où est la limite? Difficile à dire, mais il y en a une. Parce que non, je ne crois pas que tous les hommes sont mal intentionnés quand ils nous disent quelque chose. Je ne crois pas qu’un homme qui me sourit est nécessairement un homme qui pense à quel point je suis «baisable». C’est exagéré? Peut-être que oui, peut-être que non. Je ne dis pas que c’est nécessairement le meilleur gars de la terre, mais je suis prête à lui laisser le bénéfice du doute.

Parce que moi, j’y crois à cet homme-là. Je pense même en connaître, aussi impossible ça puisse sembler pour certaines. Et ces temps-ci, j’ai l’impression que c’est très impopulaire de rendre hommage aux hommes. Et mesdames, ce n’est absolument pas une attaque contre vos droits et vos désirs. Ce n’est pas non plus une ode au gars qui t’a dit de la marde. Il y en a des trou-culs, des cons et des pervers, comme il y a des connes, des filles faciles et des bitchs. Mais il n’y a pas que ça.

J’ai eu envie d’écrire aux hommes suite à deux textes que j’ai vu passer sur un autre blogue. Il n’est pas nécessaire de le nommer, je ne crois pas que les responsables du blogue s’attendaient aux débats dans les commentaires et loin de moi de faire de la mauvaise pub. Pour faire une histoire courte, les deux textes anonymes se ressemblaient beaucoup. L’un était d’une femme infidèle qui racontait son histoire et l’autre celui d’un homme infidèle. Pourtant, la disparité dans les commentaires m’a frappé. La solidarité féminine du côté de la femme est marquante, on lui dit que c’est encore réparable, qu’elle a commis une erreur, mais qu’elle a le droit au pardon. Que son texte est beau, touchant, plein de sincérité. Qu’elle va devoir vivre avec les conséquences de ses actes, mais que ça va s’arranger. Du côté de l’homme par contre, c’est une autre histoire. Honnêtement, je sais même pas comment expliquer la rage dans les commentaires. On disait au gars qu’il aurait dû y penser avant d’aller mettre son pénis partout. Qu’il va perdre la garde de ses enfants et que ce sera bien fait pour lui. Que les hommes sont tous pareilles, que c’est un trou de cul. Qu’il est mieux de le dire à sa femme, parce que tout se sait toujours et que de toute façon, il va en manger toute une.

Et j’en passe. Ce qui m’a choqué, ce n’est pas les propos en soi. Honnêtement, ma tolérance envers l’infidélité est assez inexistante. Mais pourquoi la fille avait-elle du soutien et l’homme était-il un salaud? Et oui, c’est généralisé mon affaire, il y avait certains commentaires plus nuancés, mais dans la majorité, l’homme a eu le droit aux insultes alors que la femme avait le droit à la compassion. Aucun des deux n’avait raison de faire ce qu’ils ont fait, ce n’est pas mon point, mais bon sang… J’ai l’impression qu’on ne manque jamais une occasion de jeter un homme dans la fosse aux lions. Et c’est ce que nous sommes parfois, des lionnes.

Peut-être ne serez-vous pas d’accord, et c’est correct aussi. Simplement, les hommes nobles, bons et gentils dans ma vie, j’en ai. Je ne dis pas qu’ils sont parfaits, mais je dis que parfois, ils l’ont durs, eux aussi, à leur manière. Que parler de confiance en soi pour un homme, c’est peut-être difficile, plus difficile que pour une fille. Que les textes pour nous remonter entre nous les filles, on en a plein. Les gars qui vont écrire «Aimes tes courbes mon Joe» sont plus rares, mais ils devraient exister! Vous vivez dans la même société que nous, où l’apparence c’est important. Non, vous ne devez pas sentir la pression de mettre une robe et vous maquiller, mais si à l’inverse, t’es le gars qui a envie de s’en mettre du maquillage et des robes, tu n’as pas une pression toi aussi? Ce n’est pas une blague. Sois libre, d’être un gars comme tu veux l’être. Je ne veux pas te faire paraître comme faible ou mou, bien au contraire. J’ai envie de te redonner un peu d’aplomb pour contrer l’image du «maudit homme»: de l’homme paresseux, de l’homme qui laisse sa blonde tout faire, de l’homme toujours parti, de l’homme qui fait pas de ménage, de l’homme qui n’écoute pas… et la liste est longue. Parce que si tu n’es pas comme ça, tu n’as pas à écouter une gang de filles parler des hommes comme s’ils étaient tous pareilles et comme si tu n’étais pas là.

J’écris pour toi l’homme correct, le bon gars. Quand je parle d’être bien dans sa peau, d’accepter les changements, de se sentir pas productif, d’avoir les blues, etc… C’est pas une fille qui écrit à sa meute de louves prêtes à te sauter dessus. Je t’écris à toi aussi, parce que tu as le droit de te reconnaître dans mes mots. J’utilise le féminin parfois, parce que semblerait-il que le bon dieu m’a mis un vagin, mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas se comprendre. Je suis chanceuse, j’ai des hommes merveilleux dans ma vie: pertinents, drôles, polis, sincères, intègres, respectueux… Et comme ils me respectent, je les respecte en retour.

Je ne vous accuse pas mesdames, mais parfois, il faut se demander si on est pas un peu «rough» avec nos hommes. Pas juste les chums, les pères et les frères. Les hommes en général. Si tu n’acceptes pas qu’un homme te dise que tu es une conne, une bonne à rien ou une fénéante, ne te retournes pas vers lui pour lui crier les mêmes insultes sous le prétexte que toi tu as le droit. J’en connais, j’en vois… alors si le chapeau te fait comme on dit, met-le dont.

 

 

*http://www.agressionssexuelles.gouv.qc.ca/fr/mieux-comprendre/statistiques.php

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