Les menstruations, connais-tu?

En ce moment, je suis assise sur mon divan en pantalon de jogging, enroulée dans une couverture avec un chocolat chaud à essayer de faire autre chose que de fixer le mur devant moi. Parce que je suis menstruée et que, on va se le dire, c’est pas une partie de plaisir. 

Je ne pense pas qu’aucune femme soit particulièrement heureuse d’être dans sa semaine. Il y a peut-être celles qui vont te dire : « C’est le prix à payer pour donner la vie », mais c’est pas mal la seule consolation que j’arrive à trouver à ce phénomène. Et encore là, ça ne me console pas vraiment. La seule situation où j’y vois du positif, c’est si tu as peur d’être enceinte et que tes menstruations viennent te rassurer que tu n’auras pas de bébé dans 9 mois. Mais c’est pas mal tout.

Les trois jours qui suivent le début de mes menstruations sont comme la trilogie du Seigneur des anneaux. Dans La Communauté de l’anneau, c’est la période d’introduction. Je découvre mes menstruations au rythme de la journée comme on découvre les personnes dans le film, pour me retrouver vers la fin avec une douleur intense dans le bas-ventre et dans le dos, avec l’impression que je vais mourir comme Boromir. Dans Les Deux Tours, la deuxième journée, le pouvoir des ténèbres augmentent. Ça devient stratégique : je découvre dans quelle position me mettre pour ne pas trop souffrir. Vers le soir, je me sens plus en confiance, un peu comme Frodon qui fait confiance à Gollum sans savoir qu’il va essayer de le tuer le lendemain. Dans Le Retour du roi, c’est là que ça se passe. C’est le dernier sprint vers la libération de mes règles comme celui de Frodon vers le Mordor. Dans cette dernière journée de torture, j’ai besoin de l’aide d’un allié aussi fidèle que Sam pour parvenir à m’en sortir : des Advils en l’occurrence, autant que la posologie me permette d’en prendre. Dès la fin de cette journée, la paix revient, mais je suis tellement fatiguée que je me couche à 21h00.

Pour moi, les menstruations c’est ça. C’est de la gestion de douleur et d’inconfort sporadiques accompagnés de grands moments de lassitude et de faiblesse. Je suis le Frodon des menstruations : au final, je ne fais pas grand chose et je laisse les Advils s’occuper de me sauver.

Tout ça pour dire que nous vivons toutes nos menstruations différemment. 

Pour moi, c’est surtout des changements physiques : énormément de fatigue et de douleurs au dos et au ventre. Je pourrais rester couchée toute la journée sans problème si je n’avais pas des obligations. Par contre, comme je l’ai dit, pour moi, les menstruations c’est seulement trois jours où je dois «dealer» avec ça. Pour certaines, c’est le double. Plus que ça même. Sans compter que les effets de nos hormones sur notre corps ne sont pas les mêmes. Certaines personnes souffrent tellement qu’elles doivent prendre des congés de maladie. Et tu sais quoi? Je n’en doute même pas !

Respecte ton corps, mais aussi les autres

C’est tellement important d’écouter son corps. Particulièrement dans cette période-là. Si tu es comme moi et que tu as besoin de deux heures de plus de sommeil quand tu es dans ta semaine, vas-y! Et si tu souffres tellement que te rendre au travail te fait monter les larmes aux yeux, prends un congé, tu le mérites. C’est chiant, je sais, tu as pas choisi ça, mais n’hésites pas à prendre les moyens pour t’aider.

Il faut aussi en parler : les changements hormonales peuvent en effet affecter ton humeur. C’est normal. Que tu sois plus irritable, plus sensible ou plus colérique, c’est fort possible. Pour ma part, je suis définitivement plus émotionnellement fragile. Moi qui pleure déjà si facilement, je deviens une vraie larve quand vient le temps d’être menstruée. C’est définitivement une période où j’évite les films tristes et tout ce qui pourrait susciter une crise de larmes.

PAR CONTRE, je ne suis pas certaine que les menstruations doivent justifier que tu deviennes Godzilla et que ton chum se cache en dessus du lit quand tu reviens à la maison. Je dis ça parce que j’en ai connu. Je sais que les menstruations ont le dos large, «Oui, mais j’étais dans ma semaine», mais tu as quand même la possibilité de te contrôler un peu. Je ne suis pas certaine dans quelle mesure cela justifie de devenir, n’ayons pas peur des mots, une « crisse de folle ». Que tu sois plus irritable ou en colère, c’est normal. Que tu lui lances des trucs par la tête et l’obliges à te servir tes repas, un peu moins. Si tu as la chance d’avoir un chum qui comprend ta réalité de personne menstruée, prends-soin de ce gars-là. Abuses-en pas. Ne deviens pas la Cruella D’Enfer des menstruations.

À l’inverse, il y a des choses à ne pas dire à une personne dans sa semaine.

Les menstruations ne sont pas un argument. On va mettre ça au clair. Si on se s’obstine et que tu me dis «Ouin, il y en a une qui est dans sa semaine», ça se fait pas. Peu importe la situation, ça ne se fait pas. Pourquoi? Parce que c’est réducteur! Si je suis réellement dans ma semaine, c’est comme si tout ce que j’allais dire après ça allait être invalider par cette maudite phrase-là. Que je sois dans ma semaine peut en effet me rendre plus irritable ou susceptible, mais cela ne discrédite pas mes émotions et mon point pour autant. Et si tu me sors ça quand je ne suis même pas dans ma semaine, c’est juste insultant. Alors évite cette phrase-là ou ses dérivés, toujours!

Comme dans beaucoup de choses, il faut faire la part des choses. En étant conscient des effets que tes menstruations ont sur ton corps et sur ton humeur, tu peux prévenir, réfléchir et agir en conséquence. Tu as le droit de parler avec l’être aimé des souffrances que tu vis et de ton inconfort et de lui demander des services pour t’aider. On parle ici de demander, pas d’exiger. De l’autre côté, si tu sais que je suis dans ma semaine, évite de jouer là-dessus. Je ne suis pas invalidée par mes menstruations, alors évitons les propos infantilisants ou réducteurs,

Et si on faisait un petit récapitulatif de tes divers options «anti-règles»?

Pour ma part, je prends le pilule en continue pendant trois mois. Cela ne change pas grand chose aux menstruations en tant que telles, mais ça fait qu’au lieu de souffrir tous les mois, je souffre quatre fois par année, c’est déjà une amélioration. Ça ne coûte pas plus cher que ta pilule normale. Cependant, plusieurs filles ne peuvent pas prendre ce type de contraception, car leur corps ne supporte pas la prise de pille en continue.

Si tu as de l’argent et que tu n’es pas « moumoune » comme moi, tu peux aussi penser au stérilet. Beaucoup de filles ne jurent que par ça. Le stérilet coûte cher, quelques centaines de dollars, c’est vrai, mais une fois mis en place, fini les menstruations! Jusqu’à ce que tu veuilles avoir des enfants et doivent te le faire retirer, évidemment. La raison pourquoi je dis être « moumoune », c’est qu’il paraît que son installation est extrêmement douloureuse. Et pour une fille comme moi, je l’avoue sans honte, c’est un argument suffisant pour en rester à mes pilules et mes serviettes sanitaires.

Pour celles qui doivent vivre avec des règles, mais qui ne peuvent prendre la pilule (ou l’oublie trop souvent), il y a la fameux anneau vaginal qui est populaire. Mais tu sais quoi? Si jamais tes menstruations t’indisposent, le moyen le plus sur de trouver ce qui te convient sera toujours de consulter un médecin. Crois-moi, je sais que c’est chiant de manquer un avant-midi de travail, mais ça vaut la peine si c’est pour t’aider à passer au travers de menstruations difficiles.

Ce texte-là est sûrement pas mal plus pour moi que pour toi, soyons honnêtes.

Parce que si tu ne l’as pas deviné, en ce moment, je suis dans ma semaine, exactement à l’étape Retour du roi. Pour la troisième journée de suite, je suis en mou à vivre un combat imaginaire avec mon ventre et à essayer de ne pas laisser mes émotions prendre le dessus. Et écrire m’a fait du bien (et tant mieux si quelqu’un peut se reconnaître là-dedans). Ensuite, c’est l’accalmie pour les trois prochains mois avant un nouveau «round». Et promis, c’est la dernière fois que je fais des analogies entre le Seigneur des anneaux et mes menstruations… Prochaine fois, on essaiera avec Harry Potter !

 

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