Maudite procrastination

 

Il y a des fois comme ça où je me regarde aller avec l’envie de me crisser un coup de pied au cul. Je sais, ça commence un peu cru, mais il faut se le dire avec honnêteté. Je me demande ce que j’attends et pourquoi c’est si compliqué pour moi de me motiver. Je chiale pendant des semaines à vouloir quelque chose et quand je l’ai, je reste là à attendre je-ne-sais-pas-quoi. Pis je me tape sur les nerfs. Profondément.

C’est l’histoire de la procrastination. J’ai longtemps cru que c’était un symptôme scolaire. On dirait que c’était pire plus j’avançais dans mes études. J’ai rarement vu autant de procrastination que chez des étudiants universitaires en fin de baccalauréat. Mon travail final est à remettre la semaine prochaine? Je vais m’assurer de faire absolument tout sauf ça d’ici-là pour avoir une belle nuit blanche qui m’attend la veille de la remise… et même possiblement aller jusqu’à le remettre en retard finalement parce que la veille de la remise, ça me tentait pas. Ne vous laissez pas berner par ceux qui vous diront que les délais sont déraisonnables et qu’on ne peut pas y arriver. Croyez-moi, en lettres du moins, le seul réel problème était notre incapacité à faire les choses d’avance et notre talent pour travailler sous la pression. J’ai réussi à produire un texte de 25 pages en 3 jours… Alors que j’avais trois mois pour le faire.

J’espérais vraiment que ça allait changer après les études. Que tous les projets que j’avais dans ma tête, maintenant l’école terminée, allaient pouvoir se concrétiser. Parce que c’est bien les études qui m’empêchaient de les faire, non? Et bien non. C’est moi et c’est encore moi. Le plus ridicule est que même ce texte est le résultat de la procrastination. Nadia, tu as plein de temps libre aujourd’hui et d’idées en tête, non? Écris un nouveau texte! Quelle bonne idée. J’ai pourtant profiter de  mon temps libre à grignoter des Capitaine Crunch à même la boîte en répondant au quiz «Quelle Spice Girl êtes-vous selon ce que vous mettiez dans votre lunch en 90?». Je suis Sporty Spice en passant.

C’est une drôle de sensation, assez désagréable pour être honnête, de savoir qu’il n’y a absolument rien d’autres qui nous empêche de progresser à l’exception de nous-mêmes. Et je sais que je ne suis pas la seule. Combien de fois j’entends parler de beaux projets, de plans merveilleux et que ceux-ci ne voient jamais le jour. Parce que quand on revient du travail le soir, on n’a parfois même pas l’envie de faire ce qu’on aime. On veut juste ouvrir Netflix et regarder une série pour se reposer et penser à rien. Et la fin de semaine? On se trouve mille et une autres raisons pour ne pas le faire. Ça nous tente, oui, mais il fait trop beau! Ou s’il faut un temps horrible, alors on va au cinéma. Ou encore on fait la sieste. On a mal à la tête. On préfère finir notre livre. Prendre un verre avec des amis. Et cette journée là on a un spectacle… Les jours et les semaines passent et finalement, on se demande pourquoi on a si peu avancé. On avait le temps pourtant. Et l’envie même! Alors qu’est-ce qui manque?

Je regarde des personnes comme mon père. Un homme qui travaille 7 jours sur 7, à la sueur de son front, et qui trouve quand même le temps de s’adonner à sa passion. De prendre du temps pour ce qu’il aime. Et que dire de tous ces blogues de maman! Ce n’est pas pour rien qu’ils sont à la mode : ces femmes des modèles de force et de détermination! Elles travaillent, font la cuisine, élèvent des enfants et trouvent le temps, un bébé accroché au sein et un autre enfant en train de se rentrer un tube de colle dans le nez, de mettre des articles en ligne. Et me voilà, qui travaille 25h par semaine, incapable de s’investir pleinement.  Je serai honnête, même quand j’ai commencé la construction du blogue, je ne pensais pas y arriver. Pourquoi? Parce que je me connais. Parce que je pensais qu’en milieu de parcours, j’allais arrêter… Étonnamment, mon bébé a vu le jour et là, je me sens comme une mère ingrate qui n’en prend pas soin. C’est comme si j’avais passé des mois à construire ma maison de rêve et que, une fois terminée, j’allais rester dans un 2 et demi jusque à côté : une belle vue sur le résultat, oui, mais sans en profiter.

Oui, c’est un texte de culpabilité. Comme tout ce que j’écris, je l’écris parce que je sais que je ne suis pas toute seule. J’en vois des gens avec du talent et des passions et je ne suis pas la seule qui finit par tout remettre à un autre jour. Et je me demande c’est quoi notre problème, encore une fois. Ceci n’est pas un texte sur le problème d’une génération, mais on peut quand même le sous-entendre. Comment se fait-il que nous soyons si incapables de nous motiver? On peut mettre la faute sur notre cellulaire et sur les réseaux sociaux, mais la vérité, c’est que c’est nous le problème.

J’admire ceux qui foncent. Ces personnes ardentes qui partent des grands projets alors que pour moi, écrire un article seule derrière un écran peut être une bataille. Nous sommes tous différents, je sais. Il n’est pas question de se comparer, mais plutôt de s’inspirer. Je veux être comme eux, je veux être celle qui n’a pas peur des défis, peu importe la taille du défi. Le mien aujourd’hui, c’était de me forcer à écrire quelque chose. C’est comme l’entraînement : le plus dur c’est de commencer. Alors j’ai envie qu’on se motive un peu. Parce qu’écrire une page, faire un brouillon, faire des croquis, élaborer son projet au moins un peu… C’est déjà quelque chose! Et quelque chose, c’est mieux que rien.

Je sais, ce texte-là n’est pas le plus drôle ou le plus grandiose que j’ai pu rédiger. Difficile à croire, mais derrière le texte, il y a une humaine qui elle aussi a ses hauts et ses bas. L’important, c’est de ne pas laisser les «downs» nous arrêter. Alors si tu avais quelque chose à faire ce soir et que tu l’as repoussé à demain, fais au moins un compromis : fais-en la moitié. Le quart même! Tu vas avoir, ça fait du bien parfois, un coup de pied au cul.