Parler de menstruations, encore tabou?

C’est en voyant une collègue être mortifiée en voyant sa serviette hygiénique tomber de sa poche alors qu’elle se rendait aux toilettes que je me suis posé la question. Par habitude ou par gêne, j’avoue que j’ai aussi l’habitude d’enfuir ma serviette au fond de ma poche de pantalon ou de la tenir bien cachée dans ma main, appuyée contre ma cuisse, alors que l’emballage jaune flash entre mes doigts.

Pourquoi dont on a tant peur d’en parler? C’est ironique quand même quand on y pense : c’est quelque chose de commun à une moitié complète de la population, mais dans la sphère publique, on fait comme si ça existait pas ou on le romance autant que possible. Quand on en parle, c’est dans des publicités de serviettes hygiéniques ou de tampons en rendant ça coloré, amusant, imagé, mais sans jamais trop s’attarder au sujet ou à ce que ça comprend.

Entre ami.e.s ou entre collègues, à la limite ça va : on apprend à en rire, à en parler pour évacuer un peu de la frustration que ça amène et pour partager nos expériences ou ressentis du moment sur cette réalité. Ça s’arrête pas mal là. En vieillissant, j’ai l’impression qu’en effet la gêne s’estompe un peu, mais quand je regarde autour de moi, j’ai encore cette impression qu’il ne faut pas en parler, surtout pas devant des hommes qui parfois semblent effarés devant des informations considérées de trop face à ce que notre corps, créateur de vie, produit aussi une fois par mois.

Je constate qu’on trouve ça sale les menstruations

On est conditionné à trouver ça dégueulasse et mal propre. Moi la première. C’est comme si je passais 4-5 jours avec quelque chose d’incommodant, une honte dans le bas-ventre, pas juste à cause des crampes et des serviettes hygiéniques, mais carrément à cause de l’hygiène. J’ai l’impression que ce n’est pas propre, que je dois me laver autant que possible et m’assurer par-dessus tout que ça paraisse pas, en enfouissant notamment la serviette sanitaire bien au fond de la poubelle, pour pas qu’on tombe dessus, surtout hors de la maison. Parce que tsé, ayons pas peur des mots: avoir du sang dans ses culottes, que ça soit sur une serviette ou récupéré dans une diva cup, c’est sale non?

En me posant la question, je m’en pose soudainement une autre : pourquoi dont? Pourquoi est-ce que ça le serait, surtout qu’on a une chance incroyable d’avoir accès plutôt facilement (sauf exception) à des protections hygiéniques. Ça m’a fait pensé à une vidéo que j’ai vu récemment sur les réels problèmes que ça pose dans le monde cette conception-là que notre sang menstruel est sale et des différences croyances face aux règles en général. Ça m’a incité à pousser un peu mes recherches et… oh boy! Laissez-moi vous dire que même en 2019, les menstruations, je vous le spoiles tout de suite : cristie que c’est tabou!

Tout d’abord en parler, oui, mais non

J’ai trouvé ça intéressant de découvrir qu’il avait carrément eu une étude sur ce sujet. Pas sur les règles en soi, mais sur la manière dont on en parle. Quels mots on utilise à travers le monde? Une réponse générale : tout sauf « règles » et « menstruations ». Les euphémismes ont la côte en matière de menstruations! Toutes les expressions sont bonnes pour en parler. Dans mes préférés sorties par l’Étude pour la France (malheureusement, elle ne parle pas du Québec), il y a « VHS (vaginalement hors service) », « Les Anglais débarquent » et le très subtil « Le petit clown qui saigne du nez ».

Ça m’a fait rire, mais en y pensant bien, j’ai réalisé que… Coudon, moi aussi, je fais toujours ça! Que ça soit dans une conversation avec des ami.e.s ou avec mon copain, je me tourne immédiatement vers des formules détournées pour aborder le sujet. Pire que ça, je prends toujours soin d’en parler avec le petit rire gêné caractéristique du « Bon, je désamorce de mon mieux le malaise que ce sujet-là pourrait apporter ». Pis tu sais quoi? Souvent, mon chum n’a aucune réaction, et ce, peu importe le mot que j’utilise. C’est moi qui me bloque. Et pourtant, je ne suis pas une fille gênée sur ces sujets-là, mais c’est une habitude d’assumer qu’il ne faut pas en parler.

Diaboliser les règles

Ça, c’est ce qui m’a le plus frappé en faisant mes petites recherches. Non seulement on n’est pas à l’aise d’en parler, mais on n’est pas à l’aise avec le concept en soi. Encore là… Vous trouvez ça rough avoir des règles en France ou au Québec? Comptez-vous chanceuses! Dans plusieurs régions plus conservatrices du Népal et de l’Inde entre autres existent une tradition découlant du fait que l’on considère que les femmes pendant leur période sont impures pour le reste de leur famille. Elles doivent donc s’isoler dans une pièce ou encore de carrément quitter la maison pour vivre dans des huttes rudimentaires pour éviter de contaminer les autres de leurs règles.

C’est un exemple extrême, mais qui malheureusement se retrouve sous différentes formes à travers le monde. Juste au Japon, savais-tu qu’on croit que les femmes ne peuvent être aussi douées que les hommes pour faire des sushis, car elles auraient le goût dérangé par leurs règles? Ça empêche de nombreuses femmes d’être maîtres sushis, à cause de leurs menstruations. Stupide? Maybe, mais répandue. Ces croyances prennent une tonne de formes dans chaque culture. Évidemment, plus proche de nous, ça rassure de voir qu’on en parle de plus en plus et plus ouvertement, qu’on normalise ce qui est sûrement de toute façon la chose la plus normale qui soit. Mais il y a encore du travail en faire.

Humaniser les règles

À travers le féminisme et plusieurs mouvements visant la réappropriation de son corps, on voit aussi ce désir de parler des règles et du corps de la femme pour ce qu’il est capable de donner, sa force et sa beauté. Les règles sont plus qu’une période ingrate du mois qui permet à la femme (et personnes trans et non binaires) de créer de la vie, ça fait partie de nous, de nos caractéristiques et plus encore, c’est quelque chose d’humain. De profondément humain. En fait, tu as difficilement quelque chose de plus humain que ça, car c’est à la base même de l’humanité.

Je n’ai pas envie de me sentir sale, d’avoir le sentiment que je dois en parler à demi-mot. Je me rappelle de la jeune moi au secondaire qui avait peur qu’on rie d’elle parce qu’elle n’avait pas encore ses menstruations. Ou encore qu’on rit d’elle plus tard parce qu’elle avait des règles abondantes et que mon dieu qu’elle avait peur que ça se sache, d’avoir du sang sur son pantalon ou un tampon qui dépasse de son sac. Je voudrais qu’on décomplexe les règles et qu’on trouve ça non seulement normal d’en parler, mais sain de s’informer, sur comment notre corps fonctionne et sur les moyens qui existent autant comme protection hygiénique, mais comme contraception aussi. Pour ne pas que la pilule soit la solution évidente et unique et que le stérilet soit juste un moyen de pu avoir des règles. Parce que malheureusement, le tabou vient souvent avec la désinformation, c’est ça le problème.

Il y a des artistes et personnalités qui se servent de leur art pour en parler, pis je trouve ça si beau. Je vous laisse donc sur quelques photos et comptes Instagram qui vous aideront peut-être à faire un peu plus la paix avec vos menstruations :

 

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Tell em! ❣️

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NORMALIZE IT. model: @evatefairerireoupo

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Es tu contente quand tes menstruations se déclenchent? Moi fuuuuull ! Je me sens #vulvement libérée. Ma bonne humeur reviens et mon désir aussi. Si non…la semaine avant, je me sens comme un loup garou prête à mordre tout le monde 😳 En passant, cette beauté se trouve dans ma boutique vulvement chouette 🍑 (lien en bio) C'est tu toi qui l'aura ? . . . . . . #menstruationlibre #freeperiods #divacup #vaginabible #broderie #artwork #vulve #vulvement #hoopart #embroidery #faitauquebec #moderembroidery  #feministart #stitchart #embroideryart  #feministart #feminists #etsyshop #etsymtl #etsymontreal #etsyqc #canadiangirl #selflove #proudtobeawomen #mybodymyhome #loveyourvulva #bodypositivemovement

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