Prends le risque d’être authentique

Si je devais choisir la valeur la plus importante à mes yeux, je dirais sans doute que c’est l’authenticité. Pour moi, rien n’est plus fondamental que d’être soi-même et de s’exprimer avec franchise, en étant fidèle à qui on est. Pourtant, ça n’a pas toujours été le cas…

Cette authenticité-là, c’est quelque chose duquel je retire une profonde fierté maintenant, mais quand j’étais plus jeune, j’avais un petit côté mythomane : j’inventais des histoires fréquemment. Je cherchais à être intéressante et à me faire entendre et dans ma tête, pour ça, il fallait toujours avoir des histoires à raconter, quelque chose de plus gros que ce que l’autre venait de dire. Souvent, il s’agissait surtout d’exagération, mais quand même : la vérité était souvent différente de ce que je voulais faire croire. J’ai compris la place que prenait ces petits mensonges dans ma vie quand j’ai été assez vieille pour aller fouiner sur les sites de rencontres en ligne et les forums. C’était tellement facile de m’inventer des histoires pour être « cool » : anciens copains qui n’existaient pas, voyages qui n’avaient jamais eu lieu, âge modifié, taille modifiée, poids terriblement modifié, photo modifiée…

Ça m’a pris du temps pour réaliser que les mensonges, ça n’apportait rien de bon. Ça ne vaut pas la peine de s’inventer une vie pour avoir une histoire à raconter au dîner ou avoir l’air intéressante auprès d’un gars qu’on rencontrera jamais de sa vie. Quand je suis arrivée à l’Université de Trois-Rivières pour commencer mon BAC, je me souviens avoir vécu une écoeurantite profonde de tenter d’être quelque chose d’autre que moi-même. Je revenais de Montréal où j’avais fait un certificat et où j’avais l’impression d’avoir passé la dernière année de ma vie à être le plus fake que j’avais jamais été : je voulais tellement qu’on m’aime, qu’on s’intéresse à ce que je disais et j’y ai mis des efforts, absolument non-nécessaires, qui m’ont brûlée. Alors j’ai décidé de tenter d’être juste moi-même. Turns out : ça m’a potentiellement amené aux plus belles années de ma vie.

Mentir pour se protéger

Quand on s’invente une vie, qu’on tente d’être quelqu’un d’autre que soi-même, on vit toujours sur le qui-vive, comme si quelqu’un allait un jour nous arriver avec la liste complète de nos petits mensonges. Ça fait aussi parfois qu’on sort des trucs ridicules qu’on regrette et on revient chez soi avec l’envie de se péter la tête sur les murs en se disant « Pourquoi j’ai dit ça dont? ». Le plus souvent, dans mon cas, ça avait un lien direct avec ma confiance en moi: plus j’étais insécure, plus j’avais tendance à en mettre. Comme pour me protéger, comme pour m’assurer qu’on ne pourra pas venir m’attaquer sur ce point faible. Ce qui fait aussi que ça s’appliquait surtout à ma vie amoureuse et sexuelle. Des soirées de filles au début du Cégep par exemple où j’étais dont heureuse de raconter mes conquêtes et les ébats avec un certain gars rencontré la veille alors qu’en fait, rien de tout ça existait. J’étais une jeune fille qui commençait à peine à s’ouvrir à sa vie sexuelle, mais ça, je voulais pas qu’on le sache. Parce que je le voyais comme une faiblesse. Je voulais pas qu’on puisse me niaiser là-dessus, alors qu’en fait, je sais maintenant que les gens s’en seraient probablement foutus.

C’est niaiseux parfois ces mensonges là en plus. Ils ne servent à rien dans les faits. Sur les sites de rencontre en ligne, j’avais une tendance particulière à modifier des informations sur moi. J’étais une fille qui avait de l’assurance pour eux, mais dans les faits, je shakais comme une feuille à toutes les affaires que j’écrivais. Je me créais un passé amoureux riche alors que la réalité était que j’avais jamais été en couple de ma maudite vie. Mais je trouvais ça loser de dire ça, alors quand on abordait le sujet de mon passé, au lieu de dire la vérité, je préférais faire comme si ça avait toujours été florissant. Et puis, mes photos étaient toujours à la limite du mensonge aussi. Surtout, ne pas montrer de corps : d’un coup que les gars sauraient que je suis ronde, tsé! Et puis, un peu de photoshop sur les bras et les yeux, ça n’a jamais tué personne non? Sauf qu’avec tout ça, ça faisait que les gars, je leur parlais, mais je ne les rencontrais jamais. Parce que si je les rencontrais, il faudrait que je confronte mes mensonges. C’était moi quand même, c’était pas un catfish, mais quand même, il y avait des détails clairement modifiés… Alors je pensais que si ces éléments-là étaient sus, alors je ne serais plus intéressante. Je ne serais qu’une fille ronde qui avait vécu peu de choses et qui manquait (cruellement) de confiance.

L’authenticité, c’est ce qui m’a sauvé.

Dès l’instant où j’ai décidé que je ne voulais plus être quelque chose d’autres que moi-même et au diable si ça faisait qu’on ne m’aimait pas, ça m’a ouvert des portes. Comme j’ai dit, ça a été une réalisation tardive, à l’arrivée de la vingtaine. J’arrivais dans une nouvelle université et j’avais juste envie de faire mon BAC, de réussir à intégrer la ligue d’impro et le reste, tant pis. J’étais tannée d’avoir ce poids dans l’estomac de toujours pas être assez ou cette sensation d’urgence à être aimée. Je me mettais une pression ridicule à vouloir être aimé de tous, mais une vérité à savoir dans la vie, c’est que ça se peut pas. Il y aura toujours des gens qui ne t’aimeront pas et c’est correct. On a tous déjà vécu ça de ne pas aimer une personne et de ne pas trouver le pourquoi. C’est juste une question de goût : certaines personnalités ne nous ressemblent pas (ou trop) et ça ne nous attire pas, fin de l’histoire.

J’ai commencé à accepter que j’étais une fille ronde, que j’étais une fille absolument gaffeuse, que j’avais un côté akward que je ne devais pas tenter de cacher, que je n’avais jamais eu de chum, que je n’avais presque jamais voyagé, que j’aimais ça la musique pop qui joue en boucle à la radio, que j’avais un amour inconditionnel pour les chats, que j’aimais pas ça sortir, que j’aimais pas tant ça boire, que j’avais aucun intérêt pour me péter la face, que cruiser, c’était pas ma force et surtout, que j’avais pas besoin d’inventer des affaires pour être intéressante.

L’authenticité, c’est un aimant pour les gens qui te ressemblent 

Tout le monde ne m’aimait pas et je ne faisais pas tout pour leur plaire. Aussi simple que ça. Mais ceux qui m’aimaient, je les aimais aussi, la plupart du temps. Parce que parfois, quand tu veux te faire aimer, tu oublies de te demander la question importante : et toi, tu les aimes tu vraiment ces gens-là? Aujourd’hui, je retire une fierté énorme de cette authenticité-là. Si je devais avoir une devise comme celle de la France (parce que pourquoi pas tsé), ça serait probablement quelque chose comme authenticité, simplicité et fierté. Les choses dans ma vie se sont remises en place graduellement à partir du jour où j’ai décidé d’être moi-même et de faire confiance à la vie. J’ai trouvé un emploi qui me ressemblait et j’ai rencontré un chum qui aimait de moi tout ce que j’avais peur de montrer autrefois.

On le dira jamais assez : la qualité est tellement plus importante que la quantité. Ça s’applique pour le nombre d’amis que tu gardes dans ta vie, mais aussi pour le nombre d’histoires que tu as à raconter. Ironiquement, désormais, ce qui motive l’écriture de mon blogue et l’animation de ma page Facebook, c’est de vous raconter mon petit quotidien banal qui autrefois, j’étais convaincue, n’intéresserait personne. Je réalise que les gens se reconnaissent plus dans l’ordinaire que dans le démesuré, que même si on aime ça les grands récits et suivre des personnes aux vies irréalistes sur Instagram, au fond, on a besoin de trouver des gens qui nous ressemblent. Tu n’as pas besoin de susciter l’admiration, l’émerveillement ou d’impressionner. Ce n’est pas ça l’essentiel. Tu as juste besoin d’être toi-même et d’offrir un peu d’authenticité et de vrai dans un monde qui en manque parfois cruellement.

Sois-toi même, même si ça fait peur, même si c’est insécurisant. C’est tellement un poids en moins et une libération que de pouvoir être juste qui on est.

Ne sous-estime jamais le pouvoir que ça a, sur toi et sur les autres.


Crédit photo – Maude Colin

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1 COMMENT

  1. Marie | 13th Mai 19

    Merci beaucoup pour ce nouveau billet franc du collier et encourageant. Je le lis pile au moment où je m’apprête à écrire une série de billets sur le blogging, et ce que cela implique.

    Les « modèles » (je devrais plutôt dire les stéréotypes) que nous plaquent les réseaux sociaux et la blogosphère marchande sur la tronche sont, comme tous les canons, aliénants. On finit par se demander si notre propre créativité est légitime, puisqu’elle ne rentre pas dans les cases que d’autres ont choisies…

    Mais je crois que justement, c’est l’authenticité le secret. Si tu fais quelque chose que personne ne fait, si tu as tendance à vouloir faire l’inverse que ce que la hype te dicte, c’est bon signe : tu es sur la bonne voie.

    « au fond, on a besoin de trouver des gens qui nous ressemblent. Tu n’as pas besoin de susciter l’admiration, l’émerveillement ou d’impressionner. Ce n’est pas ça l’essentiel. Tu as juste besoin d’être toi-même et d’offrir un peu d’authenticité et de vrai dans un monde qui en manque parfois cruellement. » ♥︎

    Je vais noter cette phrase dans mon carnet, et la relire souvent 🙂

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