Quitter sa zone de confort et affronter l’inconnu

Le changement, hein? Une drôle de chose quand même. Pour certains un besoin, pour d’autres une phobie. Pour moi, je dirais que c’est à la frontière des deux. Une peur stimulante, disons-le ainsi. Sortir de sa zone de confort n’est jamais facile, ça on le sait, mais sortir de sa zone de confort sans savoir quand est-ce qu’on va s’en trouver une nouvelle, c’est ça qui me fait réellement peur.

Je suis cette personne-là. Celle qui de manière spirituelle sent qu’à un moment de sa vie, elle vient de franchir une étape et que cette étape franchie, elle devient une nouvelle personne. Cette nouvelle personne qui est dans sa zone de confort, dans la même ville depuis des années, avec la certitude de connaître tous les restaurants dans un rayon de 1 km de son domicile, a soudainement besoin de nouveau.

À Trois-Rivières (ô douce ville de la poésie), je me sentais chez moi. Une partie de ma famille y était, plusieurs amis, mon université, mes restaurants habituels, mes sorties hebdomadaires, mon confort, mon 1 et demi, mon chat… Pourtant, quand j’ai fini mes études, j’ai senti ce besoin de changement. Je regardais autour de moi avec l’impression de tout connaître, mais aussi de stagner. J’avais l’impression de ne pas progresser en restant au même endroit et que soudainement, j’aspirais à plus! J’étais cette fille nouvellement diplômée en lettres (communément appelé le baccalauréat en «si-tu-fais-pas-de-maîtrise-pour-devenir-prof-après-je-sais-pas-ce-que-tu-fais-là»), qui ne savait pas encore ce qu’elle voulait faire dans la vie, qui s’était mise dans la tête que partir était une aventure et que dans l’aventure, il y aurait des réponses.

Je suis déménagée à Montréal. J’y avais déjà vécu pendant un an, quatre ans plus tôt, et j’avais détesté ça. C’était un défi supplémentaire que je me lançais à moi-même avec des phrases pré-fabriquées comme «Il faut laisser une deuxième chance», «Regarder devant, pas derrière» ou ma préférée «Vaut mieux avoir essayer que regretter de ne pas avoir essayer du tout». C’était ça l’idée. Je me souviens de ma détermination, de mon ambition! Je me voyais arriver à Montréal comme les policiers défoncent des portes avec leurs pieds dans le film : sans penser que la porte était peut-être plus solide que leurs pieds ou que quelque chose pourrait les arrêter…

Je ne peux pas dire que je me sois arrêté. Disons plutôt que c’est pas des coups de pieds que j’ai lancé en arrivant, mais plutôt de timides coups à des portes à demi-ouvertes ou simplement closes. J’ai toujours été un peu trop optimiste, je le sais. Je pensais arriver à Montréal, me lever un matin, que le téléphone allait sonner et qu’on allait m’annoncer que ma vie venait de se placer, que je n’aurais plus de questions à me poser parce que le chemin était tracé. «Félicitations, ce changement était la bonne décision», me dirait-on de la même manière qu’on annonce à quelqu’un qu’il vient de gagner la loto. Disons que quand on décide de changer sa vie sans savoir où on s’en va, c’est parfois plus proche de la roulette russe que de la loterie.

Il y a la fierté aussi. Quand on décide de faire un gros changement, il y a toujours des gens pour te demander si tu es certain de ce que tu fais. Et toi, tu veux être certain, parce que si tu l’es pas, ça fait trop peur. Alors tu prends ta voix de gars chaud qui cruise dans un bar et tu dis «Oui, sur et certain, watch me». Mais tu ne l’es pas. Et c’est ça le problème. Parce que même une fois arrivée, installée, à vivre ta vie les jours les uns après les autres, tu le sais pas si tu as fait le bon choix. On commence à se demander si en restant où on était, les choses n’auraient pas été mieux. Qu’est-ce qui serait arrivé si j’étais resté? Et dès l’instant où tu commences à douter, tu reviens sur tes paroles et au lieu de ne jamais regarder en arrière, tu fais juste ça.

La nostalgie, qu’on appelle.

Un an s’est écoulé. C’est pas beaucoup, mais dans ma tête pourtant, c’est une éternité depuis que je suis partie. Pour beaucoup, le changement c’est rien. Pff. Déménager de ville? C’est même pas un changement! Une différence dans le décor tout au plus, c’est tout, il n’y a rien là. Peut-être. Mais pour moi, c’était la pression de me dire que j’avais pris la bonne décision et que je n’avais pas tout quitter pour rien.

Je ne regrette rien, sauf peut-être d’avoir voulu changer de coupe de cheveux en même temps de changer de ville, mais ça, c’est un autre sujet. Je ne regrette rien, car dans cette année de changement, j’ai trouvé un emploi que j’aime et un homme merveilleux. Un homme qui me permet d’envisager le futur à deux, de nous y voir ensemble à 60 ans en train de téter des peppermint à l’ombre dans une berceuse en jouant aux cartes. J’ai tout ce que j’ai pour être heureuse et je le suis. Une nouvelle zone de confort s’est créée, peut-être plus grande que la précédente, mais malgré moi, ça m’arrive de regarder en arrière. De me rappeler de l’époque où j’habitais prêt de chez ma soeur et de mon neveu alors que je les voyais toutes les semaines et que maintenant pour les voir, c’est deux heures de route qui nous séparent. J’ai pris la décision il y a un an de me choisir en premier, de tout miser vers l’avenir et je sais que si c’était à refaire, je le referais, malgré la période d’incertitude et les petits sacrifices.

Mais ne soyons pas dramatiques, je ne suis pas déménagée au Burkina Faso non plus, j’ai encore la chance de les voir souvent. Mais que voulez-vous, je suis une éternelle sentimentale qui aujourd’hui, alors que c’est le troisième anniversaire de mon neveu, se sent un peu loin et beaucoup nostalgique. Alors bonne fête mon petit loup ♥