Réconcilier sa tête, son coeur… et son corps.

Pourquoi y a-t-il toujours un tel combat en nous? La tête dit quelque chose, le cœur en dit une autre et le corps… et bien le corps, il est parfois le pauvre innocent pris entre deux feux. Il est là, complètement tiraillé et déchiré entre son désir d’écouter la tête ou de suivre la tête. Entre son désir de se fondre dans la masse et celui d’être unique. Entre celui-ci d’être comme tout le monde et celui d’être spécial. Entre le besoin de correspondre aux standards de beauté pour se sentir accepté et celui de juste s’en foutre et de vouloir être lui-même et bien comme il est, tout simplement. 

Ton corps, c’est une victime. Une victime de la pression sociale et des attentes élevées et – avouons-le – souvent irréalistes qui l’assaillent. Il est là, il existe et il ne demande rien de plus que ça. Pourtant, on attend de lui qu’il change, qu’il s’adapte, qu’il se conforme et se transforme aux vues des exigences sur lequel il n’a rien eu à dire. Ton corps est à l’écoute tout simplement, du reste, mais bien malheureusement, peu souvent de lui-même. Il écoute ce que la tête lui dit, une tête qui réfléchit (souvent trop), qui reçoit et perçoit ce qu’on dit et qu’on pense du corps. C’est elle qui analyse ce que le monde lui renvoie comme image, interprète les signaux, qu’ils soient directs ou indirects. La tête devient alors rêveuse, envieuse aussi. Elle voit les images, les modèles, les standards et elle se demande, ou plutôt elle demande au corps : « Mais pourquoi toi n’es-tu pas ainsi? »

Et puis la tête commence à se poser la question, un peu, beaucoup, passionnément. Elle se la pose tellement qu’elle n’arrête jamais vraiment d’y penser. C’est dans les nouvelles, dans les médias, dans les reflets de miroir, dans les pantalons qui ne ferment plus, dans le chiffre sur la balance, dans les remarques des autres, dans les discussions qui reviennent souvent… C’est sans arrêt. La tête prend conscience des normes et de celles auxquelles n’appartient pas le corps et elle cherche des solutions à ce qui lui apparaît comme un problème. Son désir de réparer ce qu’elle croit briser est si fort qu’elle a envie de croire à tout et n’importe quoi. En des produits miracles, en des personnes qui lui promettent une réussite assurée, en des régimes qui font crier son corps de malheur et de douleur, mais qui – semble-t-il – le rapprochent un peu plus d’un idéal socialement si prisé.

Et pendant ce temps, le cœur aspire à autre chose.

Il les voit lui aussi les nouvelles, les modèles et les standards, mais il voit aussi ceux qui sortent du moule, ceux qui s’émancipent, ceux qui assument leur différent, qui se détachent de cette pression et de cette obsession du corps idéal et il est envieux. Il a envie lui aussi de pouvoir être bien et de goûter à la liberté, celle d’être lui-même sans chercher à se conformer et de laisser le corps être dans tout ce qu’il est, comme il est, sans jugement. Le cœur sait que même si la tête est souvent bien intentionnée, elle n’a pas les idées claires : elle ne voit pas que les régimes, les produits et les coachs en ligne sont inefficaces, que l’obsession n’est pas saine et que bien souvent ils ne font que creuser le mal-être du corps en laissant derrière eux un sentiment d’échec et de culpabilité qui n’amène rien de bon.

Mais surtout, le cœur se languit de ce qu’il sait faire de mieux : aimer. Aimer les autres, bien sûr, mais s’aimer lui-même aussi. Il aimerait pouvoir réconcilier le corps et la tête pour vivre en harmonie avec eux. Il a tant à donner, tant à offrir, mais il se sent coincé, n’arrivant pas à satisfaire aux exigences de la tête, ni à lui faire comprendre que le corps n’est pas moins valable comme il est. Il ne perd pas espoir et encourage de son mieux le corps à lâcher prise et à se jeter avec lui dans l’amour. Si seulement on pouvait déconstruire l’idée qu’il faut changer pour s’aimer…

Ce combat entre le cœur et la tête, on le connaît tous.

Nous vivons dans une société qui bien malheureusement a tant à gagner de notre mal-être. L’industrie de la perte de poids et de l’obsession de l’image est lucrative, et ce malgré une inefficacité flagrante et prouvée à maintes reprises. Et puis, on va se le dire : il est plus facile de contrôler des gens qui manquent d’assurance et de confiance en eux pour qu’ils tombent dans les pièges de la consommation mensongère :

« Ce café vous fera perdre 5 livres en une semaine »
« Cette crème vous rajeunira de 10 ans en quelques jours à peine »
« Ce régime vous donnera le corps de vos rêves »

Ou plutôt, pour qu’ils croient en des rêves et des idéeaux qu’on a passé des années à leur implanter, à projeter absolument partout comme étant le standard, la norme et l’objectif incontournable à atteindre :
Mince. Bien proportionné. Ferme. Lisse. Sculpté. Svelte. Etc. 

Et ainsi, tout le monde aspire à cet « idéal » sans vraiment se poser la question du pourquoi. Simplement par principe, par devoir, par fausse conception de santé, par emprise, par envie et surtout parce que ce qu’on associe à tort cet idéal avec le bonheur et le droit de s’aimer. On nous dit qu’on s’aimera plus et surtout, nous serons enfin heureux, bien et en paix avec nous-mêmes en l’atteignant. On imagine qu’une fois le poids rêvé atteint, au moment où il apparaîtra sur la balance, le trophée de l’estime de soi descendra du ciel et nous tombera dans les mains, amenant avec lui tout l’amour qu’on n’aura pas su se porter avant. Cependant, ce qu’on oublie c’est que le poids n’est qu’un chiffre. Il n’a ni pouvoir magique ni effet miracle. Il n’est qu’une mesure qui ne représente en rien notre valeur.

Aujourd’hui, 6 mai, c’est la Journée internationale sans diète.

Aujourd’hui, je vous invite à essayer de réconcilier votre corps, votre tête et votre cœur, en commençant par être conscient de l’emprise que peuvent avoir les standards de « beauté » sur vous et sur votre perception de vous-mêmes et à vous poser la question « Pourquoi est-ce que je fais tout ça dont? ».

La privation, les régimes et la culpabilité ne sont pas des solutions, ni aux problèmes d’estime, ni à ceux de santé. bien au contraire. Vous traiterez bien mieux votre corps en l’écoutant, en l’appréciant et en étant indulgent à son égard qu’en lui imposant un millième régime amaigrissant drastique. Pour ce qui est de s’aimer, ça commence par s’accepter et s’accepter, ça commence par envisager la possibilité que l’imperfection est la chose la plus humain, la naturelle et par conséquent la plus belle qui soit.

Et si au lieu de torturer notre corps pour le changer, on l’aimait assez pour le garder? 

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