Je voudrais redevenir un enfant

J’aimerais ça pouvoir retourner en arrière. Pas longtemps, juste un peu. Je prendrais quelques heures, une journée si possible, juste pour oublier ce que ça fait d’être un adulte. Juste pour me rappeler ce que c’est que de voir le monde à travers des yeux d’enfant. Juste pour vivre encore une fois cette époque de ma vie qui a passé trop vite. Ben oui, exactement comme tout le monde me l’avait dit…

J’aimerais ça cajoler la douce insouciance que j’avais. Quand on est enfant, on ne sait pas à quel point elle est précieuse cette insouciance-là, on est juste avide de comprendre et de connaître enfin les choses du monde adulte. On ne réalise pas – absolument pas –  qu’on a le poids du monde en moins sur les épaules, que tout est simple – tellement simple! – même si on l’ignore parce que nos émotions sont si vives et qu’on croit que ce qu’on vit est toujours tellement intense. Ce que je donnerais pour ne pas être consciente de la finitude de ma vie, de la valeur de l’argent et des injustices du monde.

J’aimerais ça retourner dans mon cocon de douce ignorance. Ignorer à quel point je suis chanceuse d’être où je suis, ne pas avoir à me poser des questions sur l’avenir, parce que l’avenir, à 5, 6, 7, 8 ans… Et bien c’est tout ce qu’on a. Le passé n’a pas de souvenirs à cet âge-là, mais le futur est plein de promesses. Je suis encore jeune, je sais, mais je sais aussi que derrière moi il y a désormais plusieurs Nadia, des versions plus jeunes de moi-même dont j’ai le souvenir, mais qui ne reviendront jamais. Des Nadia que j’aurais aimé apprécier plus, savoir reconnaître à leur juste valeur et encourager à leur plein potentiel. Mais au moins, là-dessus, j’apprends de mes erreurs.

J’aimerais ça être naïve à nouveau

Croire mon père quand il me dit que les vaches brunes produisent le lait au chocolat. Que mon nez peut se faire arracher par un oncle dans un party de famille. Que la mort n’est qu’un simple voyage vers le ciel et les étoiles. Qu’un vieux monsieur barbu inconnu va venir mettre un cadeau sous le sapin pour moi à Noël. Qu’un 2$ ça achète le bonheur à grands coups de bonbons et qu’un bisou, ça guérit tout. J’aimerais ça croire tout ce que je veux, parce que mon imaginaire est encore sans limites, libre de la maturité qui vient assagir les pensées à dose de reality check.

Je voudrais me baigner dans cette curiosité naïve, celle à travers laquelle tout est nouveau et tout est beau. Que tout soit une découverte, de mon corps jusqu’à ma tête, du monde jusqu’à ce qui se passe autour de moi. J’aimerais ça penser que Montréal c’est l’autre bout du monde et me sentir dans un périple exotique alors que je parcours le Chinatown ou le Jardin botanique pour la première fois. Je voudrais dont redécouvrir le plaisir de comprendre des choses simples, de construire les bases de ce qui deviendra ma vie. J’aimerais ça essayer plus de choses, voir ce que j’aurais pu aimer d’autre. J’aurais voulu pouvoir vivre plusieurs vies pour prendre plusieurs chemins et admirer plusieurs destins.

À l’enfant que j’étais, tu me manques

Tu étais timide, tu étais toujours dans les livres, tu pensais que tout se déroulerait comme une histoire. Tu attendais les choses et tu les attends encore à travers tes yeux romantiques. Tu croyais qu’Antoine, ton petit chum de maternel, était l’homme de ta vie – et ce avec tout ton cœur, tout ton petit être! – et tu étais certaine qu’un jour tu allais le marier, même si tu n’avais aucune idée de ce que c’était en fait le mariage à part des fleurs et une robe blanche de princesse.

Tu étais une petite fille merveilleuse, même si tu étais parfois akward, avec des histoires pleines la tête qui, en vieillissant, s’est mise à craindre de les laisser sortir. Tu aurais voulu être tant de choses, une vétérinaire, une écrivaine, une professeure, une chanteuse et tellement plus. Tu voulais construire ta maison, en roches et en rien d’autre, avec celles que tu aurais ramassées toi-même (bon, surtout ton père en fait) dans les champs au printemps ou encore, vivre chez tes grands-parents, dans leur sous-sol, parce que tu trouvais que c’était l’endroit idéal pour faire le reste de ta vie.

Être enfant, c’est ne pas savoir qu’il y a des limites

Au temps, aux possibilités, aux métiers qu’on peut faire, aux rêves qu’on peut avoir, à la vie qu’on peut mener. C’est merveilleux que d’avoir le monde à sa portée, même si on ne sait pas encore très bien c’est quoi le monde au juste. C’est un cadeau être un enfant, un enfant dans une société comme la nôtre où rêver c’est possible, où c’est même tellement encourager. On le dit, on le répète, elle passe vite cette période, pour les parents comme pour les enfants. À peine arrive-t-on au monde qu’on grandit à une vitesse folle pour se retrouver à marcher par soi-même, à penser par soi-même et à devoir prendre des décisions qui changeront qui on est pour toujours.

On laisse peut-être l’innocence, la naïveté et l’ignorance derrière, mais l’enfant qu’on laisse derrière ne s’éteint pas complètement. Il a grandi, simplement. Il sommeille bien souvent, mais il est là, quelque part, à nous regarder avancer en riant et en se disant qu’un jour, il sera comme nous. Parce que oui, je suis nostalgie de cette époque douce, sans soucis et pleine de beauté, mais je suis consciente du privilège inestimable que c’est de vieillir et d’avoir la vie que j’ai. Une vie simple, mais une vie que j’aime. Une vie différente de celle à laquelle j’aspirais en tant qu’enfant, mais qui n’est pas moins bonne pour autant. Différente, tout simplement.

Alors je regarde brièvement en arrière, avec une nostalgie évidente d’une époque qui ne reviendra pas, pour ensuite mieux regarder vers l’avant, toujours en gardant au fond de moi mon cœur d’enfant. Parce que la vie est courte, la vie est fragile, la vie est précieuse. Et que si je la vis à regarder vers l’arrière, je risque de manquer tout ce qui m’attend vers l’avant.

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