Si je mourais demain

On évite de penser à la mort et pourtant, elle est inévitable. Tôt ou tard, elle viendra et elle emportera avec elle la chose que l’on tient tous pour acquis lorsque le soir on se couche avec la certitude de se réveiller le lendemain. Et tu sais quoi? Je sais que ça peut paraître dark et lourd à porter, mais ça ne devrait pas. On devrait pouvoir en parler et oser dire ce qu’on a à dire pendant qu’on le peut. Car si je mourais demain, je voudrais avoir les mots pour réconforter mes proches, même sans être là, pour apaiser la peine et le vide que la mort laisse derrière elle.

Rassurez-vous, je n’ai pas envie que ce texte soit triste, au contraire. Mes pensées ne sont pas noires, elles sont bien au contraire plus que lumineuses.  J’ai envie d’écrire pour que les mots perdurent, pour qu’ils vibrent de la vie que j’ai la chance d’avoir, là, au moment même où je les écris. Et que si un jour, j’en venais à ne plus pouvoir les prononcer, qu’au moins l’écriture les ait gardés quelque part précieusement pour qu’ils résonnent encore, pour que peut-être ils aient un sens pour quelqu’un.

Car si je mourais demain, je voudrais que les gens autour de moi sachent que le temps qui nous est donné est précieux, mais qu’il est aussi fragile et imprévisible. Que notre existence sur terre, peu importe le temps qu’elle dure, est un cadeau inestimable. Certains reçoivent plus de temps que d’autres, c’est tout. Et mon cadeau à moi, ma vie, je ne l’échangerais pas pour rien au monde. Si on me proposait de tourner la roue, de prendre la chance d’échanger mon existence, je ne le ferais pas. Car ma vie je l’aime, aussi imparfaite soit-elle.

Si je mourais demain, je voudrais qu’on sache que j’ai été heureuse

La vie dans toute sa beauté n’est pas pour autant facile, à des degrés variables d’une personne à l’autre. Et pourtant, dans la vie que je mène en ce moment, j’ai la chance inestimable de pouvoir me dire heureuse. Ça peut paraître simple, ça peut paraître niais, mais je crois que ce n’est pas anodin à une époque où le mal de vivre est si présent, où les gens sont nombreux à être aux prises avec des troubles de santé malade, à connaître la dépression et l’épuisement. Contraire à ce qu’on tente de véhiculer socialement, le bonheur n’est pas simple. Il n’est pas facile et il n’est pas non plus toujours un choix. Il est pour plusieurs un objectif lointain, fragile, un idéal à atteindre.

Comme je l’ai dit, ma vie n’est pas parfaite. Elle a ses hauts et ses bas, comme tout le monde, mais elle n’est pas non plus ce que j’avais imaginé. Il y a dix ans, je ne me voyais pas où je suis en ce moment, je n’avais pas anticipé les changements de parcours, les échecs, les remises en question, les imprévus et les réalités de la vie adulte. Et pourtant, même si je ne suis pas riche, même si je n’occupe pas l’emploi de mes rêves, même si je vis dans un 4 et demi à Montréal, même si parfois mon anxiété a le don de me chavirer, même si je n’ai pas réalisé la plupart de mes rêves, je suis quand même heureuse, d’un bonheur lui aussi imparfait, mais que je chéris de mon mieux.

Si je mourais demain, je voudrais qu’on sache que j’ai été aimée

Je réalise que ma vie est riche de petites choses, de petits bonheurs qui font briller mon quotidien. Que bien sûr, on aurait toujours pu faire plus, vivre plus, avoir plus, mais que parfois ce qu’on a suffit. Qu’on peut passer notre vie à courir après la gloire, la fortune, l’accomplissement, l’aventure et la reconnaissance, mais qu’au final, parfois ce qui compte vraiment, on l’a déjà. C’est cette chance de pouvoir rire au quotidien, d’avoir un endroit où revenir le soir, de se sentir généralement bien avec soi-même, d’avoir quelqu’un auprès de soi qui nous comprend parfois (souvent) mieux que nous-mêmes.

Je ne vivrai jamais tout ce que je voudrais vivre. Personne ne peut accomplir tout ce qu’il y a à accomplir. Une vie c’est trop court, mais c’est ce qui la rend si précieuse. Si j’avais l’éternité pour faire tout ce que je veux faire, il n’y aurait aucune saveur aux choix, car je pourrais tous les prendre. Chaque jour où je me lève, où j’existe, où j’accomplis quelque chose, mes choix prennent tout leur sens et leur importance. Parce qu’on ne sait pas ce que demain sera, et même si c’est terrifiant parfois, c’est surtout merveilleux. Car les possibilités sont à la fois infinies et tellement limitées. Je me sens philosophe, mais la vie est pleine de ces curieux paradoxes.

Si je mourais demain, je voudrais qu’on sache que je suis reconnaissante

Reconnaissante des surprises que la vie a mises sur mon chemin et de l’humaine que je suis devenue. Que même si « être », c’est un éternel work in progress, je m’estime fière de la personne que je suis. Car cette personne, elle n’est pas parfaite (oh sh*t non), mais je la crois intègre, je la crois vraie et surtout, je la crois sur la bonne voie. Si son parcours devait s’arrêter, elle pourrait s’estimer heureuse du chemin accompli. Je pourrais m’estimer heureuse du chemin accompli, car j’ai eu la chance d’évoluer, de me voir grandir et quand je regarde en arrière, j’éprouve de la fierté. Je n’ai pas fait de grandes choses, mais j’ai fait quelque chose. De moi, de ma vie, de ma personne. Pis j’pense que ça vaut beaucoup.

Je suis reconnaissante des allié.e.s qui ont été mis sur ma route. Si vous êtes encore dans ma vie, si vous êtes ma famille, mes ami.e.s, mes proches, je veux que vous sachiez que vous êtes une valeur inestimable à mes yeux, même si on ne se parle pas souvent, même si on oublie parfois de prononcer les « Je t’aime ». Que vous rendez ma vie meilleure, de près ou de loin, et que vous lui donnez tout son sens. Que je vous aime du plus profond de mon cœur et que j’ai une chance inestimable de vous avoir. Je crois avoir gardé près de moi les bonnes personnes et ça aussi, ça me rend heureuse. Parce que c’est malheureusement facile empoisonner une vie à coup de personnes toxiques. J’en ai frôlé, je m’y suis brûlée, mais je m’en suis sauvée. Grâce à vous. Grâce à ceux qui ont été là au bon moment. Ceux qui ont eu les bons mots. Ceux qui ont eu la patience d’essuyer mes larmes (pis ça, Dieu sait que c’est pas une simple tâche) et de m’aider à me réparer et me reconstruire, alignée avec mes valeurs et qui j’aspire à être.

Peu importe ce qui arrive demain, je veux qu’on prenne le temps d’apprécier ce qu’on a aujourd’hui, malgré tout ce qu’on a pas. De regarder sa vie avec un œil nouveau et de l’apprécier pour ce qu’elle nous offre, même quand elle fait chier, même quand elle nous donne des coups bas, même quand on aimerait plus. Pis qu’on arrête de penser qu’il faut attendre la perfection et l’accomplissement pour se dire heureux, pour se donner le droit de goûter au bonheur, ne serait-ce qu’un peu, et de reconnaître qu’elle a une valeur cette vie-là, qu’elle est précieuse, même quand c’est un shitshow. Parce qu’on ne sait pas ce qui nous attend demain, alors aussi bien apprécier ce qu’on a aujourd’hui. C’est pour ça que c’est aussi important que ça de prendre soin de soi et de sa santé mentale : parce que notre bonheur et notre bien-être ne devraient jamais attendre à demain. Parce qu’on ne sait jamais ce qui nous attend de l’autre côté de la nuit et la vie est trop courte pour ça, peu importe le temps qu’elle durera. 

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