Tout ce qui cloche avec « I feel pretty »

J’ai l’habitude d’écouter des films sans nécessairement trouver de modèles qui me ressemblent. J’ai l’impression que ce n’est pas demain la veille qu’on me présentera un film dans lequel la fille populaire de l’école sera ronde ou qu’on sortira la « toutoune » de son stéréotype de personnage secondaire cocasse ou d’insécure en recherche d’approbation. 

Plusieurs personnes m’ont suggéré d’écouter I feel pretty (ou en version française : Moi, belle et jolie), car j’y trouverais une belle morale et des personnages forts. Pour être totalement honnête, dès l’instant où j’ai vu la bande-annonce, je m’étais dit que JAMAIS je n’écouterais ce film-là. Pour de très nombreuses raisons, notamment que l’histoire me semblait peu convaincante. Néanmoins, comme il semblait revenir souvent dans les suggestions et que je ne voulais pas m’opposer au film sans lui avoir donné sa chance, j’ai décidé de le regarder. Et je n’ai pas été déçue : je l’ai détesté encore plus que je pensais.

Qu’est-ce que nous raconte ce film?

C’est l’histoire d’une femme, jouée par Amy Schumer, qui n’est pas bien dans son corps et manque de confiance en elle. Un jour, elle va faire du spinning et se cogne la tête violemment. Quand elle se regarde dans le miroir après sa chute, elle se trouve soudainement magnifique et est convaincue d’avoir changé de corps et d’être devenue une femme différente et sexy, alors qu’en réalité, elle a toujours le même corps. Cela lui donnera une confiance en elle débordante qui lui permettra de faire des choses qu’elle n’aurait jamais osé avant, autant dans sa vie personnelle que professionnelle. 

Honnêtement, l’histoire en soi n’est pas nécessairement une mauvaise idée. Oui, devoir se frapper la tête pour se trouver belle, c’est un peu intense, mais on comprend c’est quoi le message derrière ça. Ai-je vraiment besoin de vous dire que la morale du film c’est que la confiance est au fond de nous et que nous sommes toutes belles? Le problème, il n’est pas là. Tu sais, parfois tu as une vraiment bonne idée pour un dessert. Tu penses que tu vas faire le meilleur gâteau du monde en mélangeant tes ingrédients et en suivant une recette bien connue. Sauf que tu prends des ingrédients un peu aléatoirement et tu doses mal… Alors ton gâteau, il foire. C’est ça pour moi ce film-là : un gâteau qui a mal viré. Des bonnes intentions, mais un résultat douteux qui laisse un drôle de gout dans la bouche. 

Pourquoi Amy Schumer?

C’est ma première question et c’est celle qui me suivra durant toute mon écoute du film. Pourquoi Amy Schumer? N’importe qui peut jouer une fille mal dans sa peau, là n’est pas le problème, mais l’histoire parle clairement d’une fille qui non seulement est insécure par rapport à son poids, mais qui se fait juger par rapport à ça. Le film n’est pas commencé depuis 15 minutes qu’Amy Schumer rentre dans un magasin pour se faire dire qu’ils n’ont pas sa taille et qu’elle devrait penser à commander en ligne. Elle est une taille 6 à 8 ! C’est elle-même qui le dit. C’est l’équivalent de médium ou de large. Vraiment?

Vous voulez parler de poids et de fat-shaming, pas de problème, be my guest, mais pour l’amour de dieu choisissez une comédienne qui convient à ces critères. Littéralement, la vendeuse qui lui dit ça est à peine plus mince qu’elle! Ça m’a tellement jeté sur le cul. Si dans votre scénario à vous, chers réalisateurs, c’est ce que vivent les tailles 6 et 8 au quotidien, imaginez les tailles 20 comme moi ou plus. On dit que les tailles plus commencent à 14, pourquoi ne pas avoir fait l’effort d’aller chercher une comédienne de ce gabarit? Tout le long du film, j’avais l’impression d’écouter un film avec la mauvaise comédienne dans le rôle principal. Comme si à un moment donné Rebel Wilson allait sortir d’une buisson et crier « Désolé, je suis là, je peux reprendre mon rôle ».  

Un personnage incompréhensible

Et ça, ce n’est qu’un de très nombreux défauts de ce personnage. Parce que Renée (nom du personnage d’Amy Schumer), c’est une criss de folle. En l’espace de 24 heures, elle passe de personnage insécure et mal dans sa peau à un être narcissique sans empathie qui se prend pas pour de la marde. Sérieusement, les scénaristes de ce film n’ont pas compris la différence entre avoir confiance en soi et être une maudite bitch. Dès l’instant où elle se trouve sexy, Renée devient la pire amie que tu ne peux pas avoir dans ta vie : elle dit à ses amies que ce sont des loosers et elle leur donne des conseils pour séduire les hommes en leur coupant la parole sans arrêt en prenant soin de les regarder de haut. What the...

La confiance en soi, c’est pas ça. Ce n’est pas de soudainement se penser meilleure que les autres et devenir une putain de princesse qui fait ce qu’elle veut et qui envoie chier ses amies. Je comprends que c’est un film d’humour, mais il y a quelque chose de tellement déconnecté dans ce personnage que ça me faisait décrocher complètement. Et des le début du film, ce personnage manque de cohésion. Alors qu’elle se remonte les pantalons au gym en essayant de cacher son inconfort face à son corps, on la retrouve le lendemain dans la jupe la plus moulante et la plus courte de l’histoire de l’humanité. Rien de mal à ça, au contraire, mais cet habit-là est plus osé que celui avec lequel elle apparaît suite a sa transformation en femme confiante. 

Et c’est quoi cette ville de gens superficiels?

Encore une fois, oui je sais, c’est une comédie, mais nom de dieu… Faites un effort! La fille porte juste un hoodie bien ordinaire, elle est super bien arrangée, mais elle se fait juger tour de bras dans une pharmacie locale. Come on ! Vous voulez tomber dans les clichés de la fille mal habillée qui se fait juger publiquement, fine, mais tombez-y pour de vrai. Allez-y, ayez pas peur, mettez-en! Sortez-moi quelque chose auquel on peut s’identifier, pas juste une Amy Schumer avec une couette et un chandail décontracté qui se fait dire de la marde. J’ose pas imaginer ce que je me ferais dire pas maquillée et en jogging dans une ville de même !

Outre cette scène-là, elle est super bien habillée, coiffée et maquillée tout le film. Honnêtement, ça n’a rien du genre de filles qui ne cadrent pas dans les standards de beauté actuelles que j’imagine être victimes de jugements sociaux. Pourquoi elle se fait carrément insulter ou regarder croche à chaque coin de rue? Aucune maudite idée ! 

Je pourrais continuer longtemps, mais bon…

Ce film, pour moi, c’est un exemple d’un film qui a voulu utiliser des clichés en évitant les clichés. Ça fait un film qui a mon avis tombe un peu a côté de la plaque la moitié du temps. On y retrouve un personnage exagéré qui se veut humoristique, mais qui devient carrément grotesque tellement les nuances sont inexistantes. On y dépeint plus ou moins bien ce que c’est que d’être mal dans sa peau et surtout ce que ça fait d’avoir confiance en soi. Être mal dans sa peau et se faire juger, c’est deux choses. On peut vivre les deux, mais ils ne sont pas systématiques…

Je ne le cache pas, j’ai beaucoup de difficulté avec ce type de comédie. Je trouve qu’on tourne les coins ronds sur des sujets profonds. Néanmoins, ce film est loin d’être non écoutable, je trouve juste que sur les concepts de diversité des corps, de bien-être, de confiance en soi et de relation avec le corps, ce film n’est pas aussi inspirant qu’on veut nous le vendre. Je pense que c’est un bon concept mal exécuté. Je pense que je suis peut-être aussi une chialeuse qui n’est jamais satisfaite, mais ça on en parlera pas. 

Si vous avez aimé le film, s’il-vous-plaît, continuez. Vous avez absolument le droit et on n’est pas obligé d’être d’accord, mais j’avais envie d’expliquer à tout ceux (et surtout celles) qui me le recommandent pourquoi pour moi ce film-là ne passait pas vraiment le test. Désolé. Sur ce, je retourne écouter Miss Dumplin, un film qui m’inspire sacrément plus à m’aimer et être bien dans ma peau.